Au nom de Chris
– À quoi il ressemble, ce Chris […]
– C’est dur à dire…
– Pourquoi ?
– Il fait noir, alors je ne vois pas bien son visage. Et souvent je ferme les yeux.
– Pourquoi tu fermes les yeux ?
– Parce qu’il me le demande.
– Et tu lui obéis ?
– Oui. Ça me calme, de fermer les yeux et de me concentrer sur ce qu’il raconte. J’ai moins peur.
– De quoi as-tu peur ?
– De tout.
– Explique-moi.
– J’ai peur tout le temps : le jour au collège, à cause des autres, et la nuit, à cause de moi.
– Au collège, les autres te font peur ?
– Oui… surtout Geoffroy, il entraîne les autres. J’ai encore plus peur depuis que Judith est partie.
– Et la nuit, tu as peur de toi ?
– J’ai peur de ne pas dormir… c’est pour ça que j’y arrive pas.
– Il n’y a aucun endroit où tu es rassuré, même à la maison ?
– À la maison, j’étouffe. Dans l’arbre, avec Chris, je suis presque rassuré.
– Presque ?
– Je ne le connais pas, Chris. Je sais pas qui c’est.
– Tu te méfies de lui ?
– Un peu… mais de moins en moins.
– Pourquoi ?
– Il est gentil. Il me parle comme personne ne m’a jamais parlé.
– Tu veux dire qu’il est bienveillant ?
– Oui… c’est ça.
– Essaie de me décrire Chris, le plus précisément possible.
– J’aurais du mal… parce qu’il change, souvent.
– Qu’est-ce qui change chez lui ?
– Parfois il a une petite barbe et parfois non. Ses cheveux, aussi. Parfois il les attache – il fait un chignon sur le crâne – je ne le reconnais pas.
– Ils sont de quelle couleur, ses cheveux ?
– Genre blond foncé.
– Il est grand ?
– Oui… je crois.
– Il a quel âge ?
– Je sais pas… Il a l’air jeune.
– Comment il est habillé ?
– En noir.
– Et chaque fois que tu vas dans cet endroit, tu le retrouves ?
– Presque. Deux fois, il n’y était pas.
– Alors tu as fait quoi ?
– Je suis parti. Sans lui, j’avais peur de la forêt.
– Qu’est-ce qu’il fait dans la forêt, la nuit ? Il n’a pas de toit ?
– Je sais pas.
– Tu ne lui poses aucune question ?
– Non. C’est surtout lui qui me parle.
– Tu ne te demandes pas pourquoi il est là ? C’est étrange, non ?
– Peut-être…
– Adrien…
– Oui ?
– Est-ce que tu réalises que Chris pourrait être quelqu’un de dangereux ?
– J’ai pas cette impression.
– J’avoue que je suis inquiète pour toi. J’envisage de parler de ce Chris…
– À qui ?
– À ta mère, déjà.
– Si vous lui en parlez, je vous dirai plus rien. Il est pas dangereux, Chris. Au contraire.
– Qu’est-ce qui te permet de dire ça ?
– Il me fait du bien.
– Et tu comprends pourquoi ?
– Parce qu’il ne me demande rien. Il me fait confiance, c’est tout.
– C’est vrai que tu as l’air d’aller mieux…
– Alors, vous direz rien à ma mère ?
– Pour le moment, non.
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