Au nom de Chris

Claudine Desmarteau · Chapitre 29 sur 156

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Au nom de Chris

– À quoi il ressemble, ce Chris […]

– C’est dur à dire…

– Pourquoi ?

– Il fait noir, alors je ne vois pas bien son visage. Et souvent je ferme les yeux.

– Pourquoi tu fermes les yeux ?

– Parce qu’il me le demande.

– Et tu lui obéis ?

– Oui. Ça me calme, de fermer les yeux et de me concentrer sur ce qu’il raconte. J’ai moins peur.

– De quoi as-tu peur ?

– De tout.

– Explique-moi.

– J’ai peur tout le temps : le jour au collège, à cause des autres, et la nuit, à cause de moi.

– Au collège, les autres te font peur ?

– Oui… surtout Geoffroy, il entraîne les autres. J’ai encore plus peur depuis que Judith est partie.

– Et la nuit, tu as peur de toi ?

– J’ai peur de ne pas dormir… c’est pour ça que j’y arrive pas.

– Il n’y a aucun endroit où tu es rassuré, même à la maison ?

– À la maison, j’étouffe. Dans l’arbre, avec Chris, je suis presque rassuré.

– Presque ?

– Je ne le connais pas, Chris. Je sais pas qui c’est.

– Tu te méfies de lui ?

– Un peu… mais de moins en moins.

– Pourquoi ?

– Il est gentil. Il me parle comme personne ne m’a jamais parlé.

– Tu veux dire qu’il est bienveillant ?

– Oui… c’est ça.

– Essaie de me décrire Chris, le plus précisément possible.

– J’aurais du mal… parce qu’il change, souvent.

– Qu’est-ce qui change chez lui ?

– Parfois il a une petite barbe et parfois non. Ses cheveux, aussi. Parfois il les attache – il fait un chignon sur le crâne – je ne le reconnais pas.

– Ils sont de quelle couleur, ses cheveux ?

– Genre blond foncé.

– Il est grand ?

– Oui… je crois.

– Il a quel âge ?

– Je sais pas… Il a l’air jeune.

– Comment il est habillé ?

– En noir.

– Et chaque fois que tu vas dans cet endroit, tu le retrouves ?

– Presque. Deux fois, il n’y était pas.

– Alors tu as fait quoi ?

– Je suis parti. Sans lui, j’avais peur de la forêt.

– Qu’est-ce qu’il fait dans la forêt, la nuit ? Il n’a pas de toit ?

– Je sais pas.

– Tu ne lui poses aucune question ?

– Non. C’est surtout lui qui me parle.

– Tu ne te demandes pas pourquoi il est là ? C’est étrange, non ?

– Peut-être…

– Adrien…

– Oui ?

– Est-ce que tu réalises que Chris pourrait être quelqu’un de dangereux ?

– J’ai pas cette impression.

– J’avoue que je suis inquiète pour toi. J’envisage de parler de ce Chris…

– À qui ?

– À ta mère, déjà.

– Si vous lui en parlez, je vous dirai plus rien. Il est pas dangereux, Chris. Au contraire.

– Qu’est-ce qui te permet de dire ça ?

– Il me fait du bien.

– Et tu comprends pourquoi ?

– Parce qu’il ne me demande rien. Il me fait confiance, c’est tout.

– C’est vrai que tu as l’air d’aller mieux…

– Alors, vous direz rien à ma mère ?

– Pour le moment, non.

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