Au nom de Chris
Chris a cueilli deux champignons […]
Chris a cueilli deux champignons. Il me les présente, chacun dans une main.
– Y en a un qui est comestible, et pas l’autre. Tu choisis lequel ? Regarde bien. Prends ton temps…
J’y connais rien, en champignons… à part les cèpes et les girolles – ma mère en fait parfois. J’adore ça. Elle les achète au marché et elle les prépare à la poêle avec de l’ail et du persil, ou avec une omelette bien baveuse.
Dans la main droite de Chris, le champignon est petit. Il a un chapeau blanc en forme d’œuf presque du même diamètre que son pied. Dans sa main gauche, un champignon deux fois plus grand. Son pied est blanc, mince, surmonté d’un chapeau jaune tirant sur le vert, strié de lamelles en dessous. Je repère une petite collerette sous le chapeau. Il a l’air louche, celui-là… Je désigne le petit champignon rond.
– Tu choisis celui-là ? me demande Chris.
– Euh… oui…
– Vas-y, goûte-le.
– Maintenant ?
– C’est ton choix, oui ou non ?
– Oui… je crois.
– Tu crois ou t’es sûr ? Si t’es sûr, goûte-le.
J’approche ma main du petit champignon.
Chris lâche les deux champignons et les écrabouille sous son pied.
– Mauvais choix. Tu sais ce que tu risquais en le goûtant ?
– Non.
– La mort.
– Putain… J’avais tout faux !
– Pas tant que ça… L’autre aussi était vénéneux.
– Tu m’avais dit que l’un des deux était comestible !
– Et alors ? Tu gobes tout ce qu’on te dit ? Faut pas faire confiance au premier venu. Surtout quand il s’agit de sauver ta peau.
– T’es pas le premier venu.
– Tu dois être vigilant, mec : c’est ça que je veux te faire comprendre. Les deux étaient vénéneux, l’un autant que l’autre. En vrai, il s’agissait du même champignon.
– Quel champignon ?
– Le plus mortel : l’amanite phalloïde. Y en a partout, de cette saloperie. Tu bouffes un morceau du chapeau et t’es un cadavre en sursis. Ça bousille le foie et les reins. Les champignons, faut éviter. Trop risqué. Y a d’autres choses, pour se nourrir dans la forêt. Capito ?
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