Au nom de Chris

Claudine Desmarteau · Chapitre 133 sur 156

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Au nom de Chris

– Y avait rien dans les pièges à collet […]

– Y avait rien dans les pièges à collet qu’on a posés hier. C’est bizarre…

– Faut les placer sur un endroit de passage des animaux, peut-être…

– Kes t’y connais, toi, sur les endroits de passage des animaux ? Vas-y, explique-moi.

– Euh… ch’ais pas… près d’un point d’eau, ou pas loin de l’entrée d’un terrier, là où y a des crottes… Enfin je crois… c’est ce que j’ai lu.

– Ce que t’as lu… ouais… T’es un livre ambulant, toi. Ça se passe pas comme dans les livres, la vraie vie. Tu vas vite t’en rendre compte, dit Chris avec un sourire sarcastique. On va descendre vers la rivière… tu pourras me montrer où poser les pièges. En attendant, mange ça : c’est du pissenlit. Tout est bon à bouffer, dans le pissenlit, et c’est facile à identifier.

Je mâchouille les feuilles dentelées, c’est amer.

– Je t’apprendrai à reconnaître les plantes comestibles. Faut faire gaffe. Bon… on bouge d’ici.

Après avoir démonté l’abri et plié la bâche, on se met en route. On continue à grimper – ce que je ne m’explique pas puisque Chris a dit qu’on allait descendre vers la rivière. Mais je ferme ma gueule. N’ose pas poser de question. Chris a l’air de mauvais poil. Je préfère garder ma salive pour la question qui me brûle les lèvres : « Quand est-ce qu’on rentre ? » 

On a marché une bonne heure pour atteindre un point culminant de la montagne. Suis essoufflé – Chris aussi, ça me rassure un peu. Des gouttes de sueur perlent sur son front. Il pose son sac à dos par terre.

D’ici, on domine toute la vallée encerclée par des falaises de calcaire presque blanc, parsemées de buissons et de lichen. Tout en bas, la rivière serpente entre des berges tantôt abruptes, tantôt recouvertes d’une végétation dense. Toutes les nuances de vert sont là. Le soleil est plus haut maintenant, il ne reste que quelques nappes de brume orangées, accrochées aux parois rocheuses.

– Imprime cette image dans ton cerveau, Sven. Putain, que c’est beau ! Direction la rivière, mec. On va la traverser pour explorer l’autre versant.

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