Au nom de Chris

Claudine Desmarteau · Chapitre 127 sur 156

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Au nom de Chris

Chris marche vite […]

Chris marche vite, il sait où on va.

– T’as pas pris de sac à dos ? je demande.

– T’inquiète.

On rejoint un sentier qui mène à la route goudronnée. Une voiture est garée sur le bas-côté. Un genre de SUV noir. Chris monte dans la bagnole et ouvre la portière passager.

– Let’s go, Sven !

Brusquement, j’ai la sensation de me dédoubler, comme si une moitié de moi était perchée sur la branche d’un arbre et regardait la scène d’en haut. Et je me vois, petite silhouette frêle et hésitante, debout à côté de la silhouette menaçante de cette grosse bagnole sombre et luisante.

– Allez, monte ! s’impatiente Chris.

– Je… tu m’avais pas dit qu’on partait en voiture !

– Ça te pose un problème ?

– Euh… non…

Je m’assois sur le siège passager et je ferme la portière. Chris introduit un tournevis dans le Neiman : un quart de tour et la voiture démarre. Je le regarde.

– Chris…

– Ouais ?

– Tu l’as volée ?

– T’inquiète.

– Réponds-moi : tu l’as volée ?

– Qu’est-ce que ça peut foutre ? Disons que je l’ai empruntée.

– Pourquoi t’as volé une bagnole ?

– T’inquiète, mec ! Fais-moi confiance.

– …

– Tu me fais pas confiance ?

– Si… mais…

– Tu me fais confiance, OUI OU MERDE ?

– T’avais pas besoin de voler une bagnole.

– C’est moi qui sais ce dont j’ai besoin, OK ?

– …

– C’est MOI qui sais, putain. Toi tu sais RIEN. Et le problème, c’est que t’en as même pas conscience.

– …

– Bon… On va pas se prendre la tête.

– …

– Allez, détends-toi, Sven. Relax ! Tout va bien.

Chris passe la première et desserre le frein à main. Il roule assez vite mais on ne sent pas la vitesse, dans cette voiture puissante et silencieuse. Chris me fait un clin d’œil.

– Elle en a sous le capot, hein ?

– On va où ?

Chris ne répond pas. Concentré, il regarde la route, rétrograde avant chaque virage et accélère dans la courbe, en tenant sa droite. Il conduit bien et il aime ça. Faudra que je passe mon permis, dès que j’aurai dix-huit ans.

– Dors un peu, me conseille Chris. Prends des forces, tu vas en avoir besoin.

Je ne sais pas où va se dérouler notre stage de survie mais visiblement, on s’éloigne de la civilisation. La route est déserte, de plus en plus sinueuse. Ça tourne et ça monte. On gagne en altitude.

Je ferme les yeux.

Je somnole.

Suis groggy.

J’ai du mal à réaliser : je suis assis dans une voiture volée et je n’ai pas la moindre idée de l’endroit où on va. Chris le sait. Faut que je lui fasse confiance. Il sait ce qu’il fait, Chris.

Sa voix me parvient comme dans un rêve.

– Tu vas voir, Sven… ça va être une putain d’expérience.

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