Au nom de Chris
Encore une journée trop chaude pour la saison […]
En fin d’après-midi, un orage violent a éclaté. Juste avant, la forêt était étrangement calme. Comme si tous les animaux, insectes, oiseaux s’étaient évaporés. Un silence flippant, lourd de menaces. Et puis les éclairs de chaleur et les grondements dans le ciel. J’hésitais à rentrer chez moi. J’avais peur d’être surpris par l’orage sur la route. Je me suis assis au pied du grand chêne. Chris m’a délogé en me donnant un coup de pied au cul.
– Faut pas t’abriter sous un arbre. Si quelqu’un doit prendre la foudre, ce sera lui, pas nous.
On s’est assis en tailleur, un peu plus loin.
– Ça va péter fort ! a dit Chris.
Il a posé ses mains sur ses genoux, le pouce et l’index en contact, paumes tournées vers le ciel. Il a fermé les yeux et a commencé à psalmodier des trucs bizarres dans une langue que je ne comprenais pas. Le vent s’est levé et les arbres ont commencé à bruisser, à gémir, à craquer. Le ciel presque noir laissait filtrer des rais de lumière jaune. Une lumière presque surnaturelle. Lugubre.
J’ai pensé à ma mère
Seule à la maison
À s’angoisser
Comme toujours
La pluie a commencé à tomber
D’abord des grosses gouttes
Puis plus drue
J’avais envie de me lever et
De partir en courant
Mais la pluie torrentielle
Et le ciel qui grondait
De plus en plus fort
Les coups de tonnerre
À intervalles très rapprochés
Chris avait toujours les yeux fermés
Il a levé la tête
Offrant son visage à la pluie
À chaque éclair
Les coups de tonnerre assourdissants
Et mon cœur sursautant
Dans ma cage thoracique
À chaque éclair
Les silhouettes noires des arbres
Se découpant sur le ciel mauve
À chaque éclair
Le visage de Chris
Blanc et ruisselant de pluie
Je me suis demandé
Ce que je foutais là
Et j’ai pris conscience
Que j’étais terrifié mais
Je ne savais pas très bien
Par quoi
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