Au nom de Chris

Claudine Desmarteau · Chapitre 50 sur 156

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Au nom de Chris

Encore une journée trop chaude pour la saison […]

En fin d’après-midi, un orage violent a éclaté. Juste avant, la forêt était étrangement calme. Comme si tous les animaux, insectes, oiseaux s’étaient évaporés. Un silence flippant, lourd de menaces. Et puis les éclairs de chaleur et les grondements dans le ciel. J’hésitais à rentrer chez moi. J’avais peur d’être surpris par l’orage sur la route. Je me suis assis au pied du grand chêne. Chris m’a délogé en me donnant un coup de pied au cul.

– Faut pas t’abriter sous un arbre. Si quelqu’un doit prendre la foudre, ce sera lui, pas nous.

On s’est assis en tailleur, un peu plus loin.

– Ça va péter fort ! a dit Chris.

Il a posé ses mains sur ses genoux, le pouce et l’index en contact, paumes tournées vers le ciel. Il a fermé les yeux et a commencé à psalmodier des trucs bizarres dans une langue que je ne comprenais pas. Le vent s’est levé et les arbres ont commencé à bruisser, à gémir, à craquer. Le ciel presque noir laissait filtrer des rais de lumière jaune. Une lumière presque surnaturelle. Lugubre.

J’ai pensé à ma mère

Seule à la maison

À s’angoisser

Comme toujours

La pluie a commencé à tomber

D’abord des grosses gouttes

Puis plus drue

J’avais envie de me lever et

De partir en courant

Mais la pluie torrentielle

Et le ciel qui grondait

De plus en plus fort

Les coups de tonnerre

À intervalles très rapprochés

Chris avait toujours les yeux fermés

Il a levé la tête

Offrant son visage à la pluie

À chaque éclair

Les coups de tonnerre assourdissants

Et mon cœur sursautant

Dans ma cage thoracique

À chaque éclair

Les silhouettes noires des arbres

Se découpant sur le ciel mauve

À chaque éclair

Le visage de Chris

Blanc et ruisselant de pluie

Je me suis demandé

Ce que je foutais là

Et j’ai pris conscience

Que j’étais terrifié mais

Je ne savais pas très bien

Par quoi

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