Au nom de Chris
Avec Judith, on avait notre endroit à nous […]
Avec Judith, on avait notre endroit à nous. La clairière. On passait des heures, perchés sur un arbre. On avait construit une plateforme sur les branches d’un vieux chêne. J’apportais des sandwichs faits par ma mère. Jambon tomate fromage.
Je pédale jusqu’à la forêt et je grimpe dans notre arbre. J’y vais pour me rappeler Judith. Et aussi pour respirer mieux parce que j’étouffe. Pas tout le temps, mais de plus en plus souvent.
Ça me prend comme ça
Sans prévenir
J’ai du mal à respirer
Ça me pèse sur le haut du torse
Et j’ai l’impression d’étouffer
Dans la salle de classe
Dans la cour du collège
J’étouffe même à la maison
Alors je sors
Parce que j’ai besoin d’air
Quand j’allais à la plateforme avec Judith, on oubliait le temps. On ne voyait pas les heures passer. On parlait beaucoup – enfin c’était surtout Judith qui tchatchait, et après, on se taisait. On avait appris à être silencieux. À se faire tout petits, à écouter en retenant notre souffle. Le vent qui chuchote dans les feuilles, les craquements dans les branches, les chants des oiseaux, les gazouillis, les roucoulements, les piaillements… tous les cris des bêtes de la forêt. Écouter bien, ça s’apprend. Faut être patient. Souvent, on entend avant de voir.
Judith est partie et c’est comme si j’étais privé de soleil. Même les jours de beau temps, le ciel est d’un bleu plus froid, un bleu métallique qui fait mal aux yeux. Les jours de beau temps, j’ai les yeux qui piquent, plus encore que les jours gris.
Le beau temps sans Judith, ça ne sert à rien.
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