Au nom de Chris
Faut que je bouge […]
Je me relève
Mal partout
J’ai plein de terre et de la morve sur le visage
Des aiguilles de pin dans les cheveux
De la pisse sur mon pantalon
Je pue
Je me sens sale
Faut que je bouge de là
Que je mette le plus de distance possible
entre moi et Chris le menteur
Chris le taré
Chris le sadique
Chris le psychopathe
Je me sens minable
Comment j’ai pu être aussi con ?
Aussi naïf
Aussi aveugle
Y en avait plein, des indices qui auraient dû m’alerter. Son baratin de merde… ses mensonges de mytho… ses contradictions… ses sautes d’humeur… ses réactions imprévisibles et brutales… Son agressivité.
ÇA CREVAIT LES YEUX PUTAIN !
Mais je ne voulais rien voir
Geoffroy absorbait toute ma haine comme un aimant surpuissant
Je voulais que Chris soit l’exact contraire de Geoffroy
Je voulais qu’il me sauve
de la noirceur et du chagrin
Je voulais qu’il m’aide
à devenir quelqu’un d’autre, je voulais juste
avoir un véritable ami
Je marche en courant
Je cours en marchant
Des branches me frôlent, me griffent le visage et les mains
Je suis cerné par des bruits flippants
Le bruit de ma respiration affolée
Le bruit de mon cœur qui bat tellement fort
J’ai l’impression que ma cage thoracique va exploser
Les bruits affreusement amplifiés de mon corps
se mêlent aux bruits de la nuit et de la forêt
Les oiseaux de proie qui hululent
Les bêtes qui détalent à mon approche
Le bruit des craquements de branches et
celui de mes pas qui font crisser le sol
Je m’arrête pour reprendre mon souffle
Repars, puis m’arrête à nouveau
Alors, j’entends clairement
d’autres pas qui se calquent sur les miens
Quelqu’un me suit !
Le psychopathe, qui d’autre ?
Je me remets à courir
Vite, plus vite
Les arbres gémissent
et le vent se lève et siffle
« Sven… »
Je cours de plus en plus vite
et le vent dans les arbres souffle
« Sven Sven Sven »
Je trébuche sur une racine et m’étale sur le sol
Mon genou droit a heurté un truc dur… une pierre
J’ai mal, mais ce qui me fait le plus souffrir
c’est ma gorge sèche
J’ai terriblement SOIF
Et je réalise que depuis le début de cette galère
il n’a pas plu une seule goutte
En cas de soif intense, les arbres crient
C’est Chris qui m’a raconté ça, et je le crois
Chris m’a dit que les arbres émettent des ultrasons
que l’oreille humaine ne perçoit pas
Quand ils crèvent de soif, les arbres hurlent leur douleur
Cette nuit, j’entends les hurlements des arbres
La forêt n’est pas magique, elle est terrifiante
Cette nuit, je perçois les cris de toutes les créatures
en train de mourir
La forêt n’est pas magique, elle est horrifique
À chaque instant dans chaque recoin de la forêt
il y a des meurtres
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