Au nom de Chris

Claudine Desmarteau · Chapitre 146 sur 156

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Au nom de Chris

Faut que je bouge […]

Je me relève

Mal partout

J’ai plein de terre et de la morve sur le visage

Des aiguilles de pin dans les cheveux

De la pisse sur mon pantalon

Je pue

Je me sens sale

Faut que je bouge de là

Que je mette le plus de distance possible

entre moi et Chris le menteur

Chris le taré

Chris le sadique

Chris le psychopathe

Je me sens minable

Comment j’ai pu être aussi con ?

Aussi naïf

Aussi aveugle

Y en avait plein, des indices qui auraient dû m’alerter. Son baratin de merde… ses mensonges de mytho… ses contradictions… ses sautes d’humeur… ses réactions imprévisibles et brutales… Son agressivité.

ÇA CREVAIT LES YEUX PUTAIN !

Mais je ne voulais rien voir

Geoffroy absorbait toute ma haine comme un aimant surpuissant

Je voulais que Chris soit l’exact contraire de Geoffroy

Je voulais qu’il me sauve

de la noirceur et du chagrin

Je voulais qu’il m’aide

à devenir quelqu’un d’autre, je voulais juste

avoir un véritable ami

Je marche en courant

Je cours en marchant

Des branches me frôlent, me griffent le visage et les mains

Je suis cerné par des bruits flippants

Le bruit de ma respiration affolée

Le bruit de mon cœur qui bat tellement fort

J’ai l’impression que ma cage thoracique va exploser

Les bruits affreusement amplifiés de mon corps

se mêlent aux bruits de la nuit et de la forêt

Les oiseaux de proie qui hululent

Les bêtes qui détalent à mon approche

Le bruit des craquements de branches et

celui de mes pas qui font crisser le sol

Je m’arrête pour reprendre mon souffle

Repars, puis m’arrête à nouveau

Alors, j’entends clairement

d’autres pas qui se calquent sur les miens

Quelqu’un me suit !

Le psychopathe, qui d’autre ?

Je me remets à courir

Vite, plus vite

Les arbres gémissent

et le vent se lève et siffle

« Sven… »

Je cours de plus en plus vite

et le vent dans les arbres souffle

« Sven Sven Sven »

Je trébuche sur une racine et m’étale sur le sol

Mon genou droit a heurté un truc dur… une pierre

J’ai mal, mais ce qui me fait le plus souffrir

c’est ma gorge sèche

J’ai terriblement SOIF

Et je réalise que depuis le début de cette galère

il n’a pas plu une seule goutte

En cas de soif intense, les arbres crient

C’est Chris qui m’a raconté ça, et je le crois

Chris m’a dit que les arbres émettent des ultrasons

que l’oreille humaine ne perçoit pas

Quand ils crèvent de soif, les arbres hurlent leur douleur

Cette nuit, j’entends les hurlements des arbres

La forêt n’est pas magique, elle est terrifiante

Cette nuit, je perçois les cris de toutes les créatures

en train de mourir

La forêt n’est pas magique, elle est horrifique

À chaque instant dans chaque recoin de la forêt

il y a des meurtres

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