Au nom de Chris

Claudine Desmarteau · Chapitre 63 sur 156

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Au nom de Chris

Dans la forêt je suis retourné tous les jours […]

Dans la forêt je suis retourné tous les jours après le collège. Je ne

voulais pas risquer de louper Chris, des fois qu’il passerait pour me

dire au revoir.

Je me suis assis sur une souche d’arbre mort, près de l’endroit où on avait installé l’abri et j’ai attendu. J’avais oublié mon briquet et je n’ai pas pu faire de feu. J’ai attendu quand même, jusqu’à la tombée de la nuit. J’avais les mains et les oreilles gelées.

Le lendemain j’ai apporté un briquet mais le bois était trop humide et mon petit feu malade s’est éteint tout de suite. J’ai essayé de le rallumer. Épluché les branches pour enlever l’écorce humide mais rien à faire… ce putain de feu ne voulait pas prendre. Je me suis acharné en me vengeant sur les branches avec mon couteau et c’est moi que j’ai blessé. Je me suis mis à pleurer. Je sanglotais comme un môme, avec des gros hoquets pleins de larmes et de morve qui coulait de mon nez. Et le sang sur mes doigts se mélangeait aux larmes et à la morve. Je pouvais pas m’arrêter de pleurer.

Je m’entendais geindre et chouiner.

Je tremblais de rage et de froid.

J’ai appelé Chris en chialant.

Espèce de minable.

Pauvre con.

J’ai appelé Chris en hurlant.

Arrête de gueuler comme ça, pauvre con.

Tu vois bien qu’il n’est pas là.

Il est parti.

Mort, peut-être…

Y a personne pour t’entendre.

T’es seul et tout le monde s’en fout.

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