Au nom de Chris
La forêt devient humide […]
La forêt devient humide, ça commence à cailler. Chris m’apprend à faire du feu, avec du bois sec. Des aiguilles ou des pommes de pin, de l’écorce de bouleau, des brindilles, du lichen, des fougères rousses ou des morceaux d’arbre mort pour faire partir le feu. Des branches plus grosses pour l’entretenir. Si une branche est humide à l’extérieur, faut l’éplucher pour éviter que ça fume.
– Tu sais ce qui brûle très bien, aussi ?
– Nan.
– La merde séchée.
– C’est vrai ?
– Eh ouais… La norme, c’est devenu le gaspillage mais tout se recycle, mec. Va chercher ce qu’il te faut et choisis ton endroit pour faire le feu. Hé… Adrien !
– Oui ?
– Si tu trouves de la merde de biche, mets ton doigt dedans pour vérifier qu’elle est bien sèche. Tu peux la goûter si tu préfères.
– Ahah !
Je ramasse des brindilles et du bois mort, je casse quelques branches de taille moyenne et je pose le tout au pied d’un chêne.
– Tu veux faire ton feu ici ? me demande Chris.
– Bah… oui.
– C’est pas un bon endroit.
– Pourquoi ?
– Jamais au pied d’un arbre ou d’une souche. Faut dégager l’endroit autour du feu, aussi : virer les feuillages, les aiguilles de pin et les petites branches. S’agit pas de faire flamber la forêt.
– OK… Là, alors ?
– Ouais… c’est mieux. Autant que possible, faut te foutre à l’abri du vent. Sinon, tu construis un petit rempart – avec des pierres, de préférence. Dispose tes branches, maintenant. D’abord, le petit bois et les branches minces, en laissant l’air circuler.
– Comme ça ?
– C’est pas mal. Tu l’allumes, maintenant ?
– Avec quoi ?
– T’as une idée ?
– Euh… des silex ?
– Ben vas-y, chope des silex.
– Humm… y en a pas, ici.
– Exact. Y en a pas. Je vais te dire ce qu’il te faut, moi : de l’huile de coude.
– Ah… Et comment je fais ?
– En frottant deux morceaux de bois au-dessus des brindilles jusqu’à ce que ça fasse des étincelles. Et après, tu souffles. Fort. Très fort. Si tu y arrives pas, au moins ça te réchauffera. Bon… je te laisse… Je reviens dans une heure.
– OK…
– Ahahah… Allez, je déconne. On va pas se faire chier…
Chris me lance son briquet.
– Tiens !
– Merci.
– Faudra que t’apprennes à faire sans. Je te l’ai dit, mec : peu à peu, tu devras te dépouiller de ton confort.
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