Au nom de Chris
On va mourir ici […]
On va mourir ici, paumés, infoutus de nous repérer dans ce labyrinthe naturel géant, foisonnant d’endroits qui se ressemblent à s’y méprendre. Malgré sa boussole, Chris ne parvient pas à retrouver la voiture. Sûr qu’on est « à une demi-heure, à tout casser », il change d’avis et de direction. Connard, enfoiré mytho survivaliste de mes couilles ! Il le fait exprès, peut-être ? J’ai envie de le secouer, de le cogner, de l’achever.
Je suis assailli par des insectes et par des images mentales atroces. Rendu fou par la soif, Chris me poignarde pour boire mon sang… Ou c’est moi qui, affamé, lui enfonce la lame du couteau dans le bide pour manger un morceau de barbaque crue…
Je gamberge ces horreurs en silence.
Avec un œil cruel, j’observe Chris. Scruter sa boussole en plissant le front, alors toutes ses rides se creusent et je réalise qu’il est devenu vieux. Clopiner avec sa patte folle – il refuse mon aide en grimaçant un pauvre sourire – et ma haine se change en pitié.
Ces sentiments contradictoires me foutent les nerfs à vif. Je ne sais plus ce que je ressens. Une chose est sûre : Chris ne pourra pas continuer très longtemps, sa cheville est trop douloureuse.
On emprunte un chemin balisé et, avec l’aide de la boussole, on réussit à repérer notre position et celle de la voiture.
On marche environ deux kilomètres avant d’apercevoir la silhouette sombre du gros SUV. L’émotion que j’éprouve est tellement violente que je me retiens de chialer.
Plus on approche du véhicule, plus j’appréhende une catastrophe.
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