La Guerre des anges
Noir de Naissance
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RIO DE JANEIRO, MORRO DA BARRIGA,
LUNDI MATIN.
(la nuit où Nossa Senhora Aparecida ne protégea pas Jacaré)
D’aucuns s’étonnent du tatouage qui orne le dos de Jacaré – un
magni que dessin de Nossa Senhora Aparecida, yeux liquides débordant de
piété tournés vers le ciel, mains jointes dans une prière, auréole dorée lui
ceignant la tête. Jacaré la garde (il la gardera obligatoirement) en souvenir des
deux années qu’il a passées à Bangu. A un certain moment un Suédois a
débarqué dans sa cellule, un tatoueur professionnel, arrêté par la police à
l’aéroport du Galeão au moment où il tentait d’embarquer pour Londres avec
trois cents grammes de poudre dissimulés dans une planche de surf. Pour ne
pas mourir d’oisiveté et pour nancer son vice, le Suédois travaillait toute la
journée, à dessiner des dragons, des Indiens, des têtes de mort souriantes. Sa
spécialité, toutefois, était les images pieuses. Jacaré se souvient du jour où il est
reparti à Stockholm. Il a dit adieu aux autres prisonniers les yeux pleins de
larmes.
– Adieu, mes œuvres, à un de ces jours.
C’est le Suédois lui-même qui avait suggéré à Jacaré l’image de la Vierge :
– Crois-moi, mec, pas un ic n’aura le courage de te tabasser en voyant
Notre-Dame sur ton dos. Tu imagines un peu ! Passer à tabac la Mère de Dieu !
E ectivement, ça avait marché avec la police. Quand il était torse nu,
personne ne l’avait jamais frappé. Et même, beaucoup de ics se signaient
devant l’image. Jacaré pense à cela lorsque le premier coup de pied l’atteint :
– Salopard ! gémit-il. T’as frappé la Vierge…
Luís Mansidão ricane avec mépris :
– Mon Seigneur à moi, c’est le Malin.
L’autre coup de pied l’atteint aux lèvres. Le sang gicle. Jacaré voit la lune
immense tournoyer dans le ciel. Il a dans la bouche un goût de terre et de sang mêlés. Il distingue le visage impassible de Jararaca. Les yeux durs de Pajeú.
– Vous voulez me tuer ?! Alors tuez-moi tout de suite, merde ! Vous allez
tuer un héros !
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