La Guerre des anges
Rio de Janeiro, Ipanema, Club Français, par un Après-Midi Ensoleillé.
RIO DE JANEIRO, IPANEMA, CLUB FRANÇAIS,
PAR UN APRÈS-MIDI ENSOLEILLÉ.
(tambours de guerre)
“Sur la route de la vie, le passé est un sens interdit.”
Euclides lit la phrase tracée à la peinture rouge sur le pare-chocs d’un
camion et pense à dona Felicidade. Qui sait, c’est peut-être un message de sa
mère. Avant de sortir de sa chambre à la Pension Esperança, il a interrogé le
petit calepin à couverture noire. Il contenait l’inscription suivante :
“Les tambours qui fêtent la guerre sont les mêmes que ceux qui annoncent
la faim.”
Il chemine lentement sur le vaste trottoir. Il a toujours aimé marcher à
pied. Il est déjà à Ipanema, non loin du Club français, quand il remarque un
individu corpulent, avec des lunettes rondes, assis sur une chaise tout près de la
plage. Il le remarque à cause de la petite chienne brune, mutilée, au tronc
attaché à une espèce de plateforme à roues. La vue de la bête l’attriste. Elle lui
fait l’impression d’une créature bionique, sortie cependant d’un futur déjà
archaïque. Elle pourrait faire gure d’animal de compagnie du diabolique
baron Vladimir Harkonnen, alias Kenneth McMillan, dans Dune, de David
Lynch.
Des jeunes soldats du Commandement nègre montent la garde à l’entrée
du Club français. Cela fait une semaine que Jararaca y a établi son quartier
général. La ville reste calme. Les négociations avec le gouvernement avancent
lentement, mais elles avancent, ce qui semble extraordinaire à Euclides. Le
journaliste commence en n à croire au succès de l’opération. Oui, pense-t-il, il
y aura peut-être une n heureuse. Le Président José Inácio a ordonné à la
troupe de quitter la zone métropolitaine. Il s’est refusé toutefois à démettre
Mateus Weissmann de ses fonctions. Plusieurs centaines de soldats et de
policiers, retenus prisonniers au Jockey Club depuis la prise de la ville, ont été échangés contre des éléments du Commandement nègre incarcérés dans