La Guerre des anges
(l’interview)
Journal Politique Africaine – Trouvez-vous que les négociations avec le
gouvernement se passent bien ?
Jararaca – Ça n’a pas été facile, loin de là, mais nous avançons.
JPA – Le gouvernement a-t-il accepté d’indemniser les noirs ?
Jararaca – Non, mais il a accepté les quotas…
JPA – Et en ce qui concerne la démission du général Mateus Weissmann ?
Jararaca – Nous ne céderons pas là-dessus. Ce type doit partir. Hier encore,
vous n’avez pas entendu, il a redit que le problème du Brésil vient du mélange
des races. Il a dit que ce qui se passe ici, à Rio, c’est un bordel de nègres, que si
on le laissait agir, lui, il résoudrait le problème à coups de trique. Il a dit qu’il
voulait me voir cloué au pilori…
JPA – J’ai entendu…
Jararaca – Ce que vous ne savez pas, c’est qu’il y a des masses de soldats
que ce langage raciste révolte. Des masses de policiers. Il y a des policiers noirs
qui viennent ici, au Club, o rir leur arme. Ils viennent se proposer pour la
lutte…
JPA – Vous voulez dire qu’il y a des policiers qui changent de camp ?
Jararaca – Parfaitement. Plus d’une centaine, rien qu’ici, dans la zone
libérée. Mais vous savez sûrement qu’il y a eu des révoltes de militaires à
Salvador et à Recife. Aux États-Unis, il y a des manifs de solidarité avec nous et
les manifestants eux aussi exigent la démission du général Weissmann et
l’amnistie de tous les combattants.
JPA – Bien des gens ne croient pas au sérieux du Commando nègre.
Finalement, jusqu’à tout récemment, vous n’étiez qu’un chef de bandits, un
tra quant, ce n’est que tout dernièrement que vous avez commencé à défendre
des positions politiques…
Jararaca – Non. J’ai toujours défendu ces positions. Ce qui se passe, c’est
qu’on a commencé à m’entendre seulement ces derniers temps.
JPA – Et le tra c de drogues ?
Jararaca – Est-ce que j’avais le choix ? Un noir au Brésil n’a de fric que s’il
est bon au foot, s’il est danseur de samba ou se lance dans le tra c. J’avais
besoin d’argent. J’avais besoin d’armes pour faire la révolution.