La Guerre des anges
Il N’y A Pas de Fin Heureuse
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RIO DE JANEIRO, BORD DE LA LAGUNE,
APPARTEMENT DE LA FEMME
QUE FRANCISCO PALMARES APPELLE L’ANGE BLEU,
VINGT NOVEMBRE, SEIZE HEURES.
(l’apocalypse)
La femme que Francisco Palmares appelle l’Ange bleu se réveille a olée par
le bruit des moteurs, un vacarme métallique qui semble jaillir du toit et des
murs et tout engloutir. Elle se bouche les oreilles avec les mains pour ne pas
être entraînée par le fracas, mais c’est inutile car il augmente et vient frapper sa
tête, un éclat de tonnerre, de mille tonnerres en cascade, le sol oscille, ses os
frémissent, elle pense que la n est arrivée, elle a abusé de la poudre, elle a bu
trop de whisky, elle a tout mélangé, elle se dit que ce n’est pas juste de mourir
ainsi, son cœur galope, l’air lui manque, non, elle ne trouve pas juste de mourir
si jeune et si belle, et surtout si seule, avec ce magni que soleil tatoué autour
du nombril, ses seins de vierge, ses lèvres généreuses fardées de bleu avec
lesquelles elle attire et dévore les hommes, et elle se lève et titube et s’accroche
aux meubles pour ne pas tomber, elle voit leurs angles avancer sur elle (elle ne
s’était jamais rendu compte qu’il y avait autant d’angles dans cet appartement)
et elle lève le visage pour respirer parce qu’elle s’enfonce, elle s’enfonce, mon
Dieu !, parce que l’air lui manque, et elle pense à Francisco, elle pense que sa
dernière pensée sera pour lui, elle sent encore son odeur, les mains vigoureuses
avec lesquelles il saisit, il saisissait, ses hanches, le salaud, où est-il, ce salaud ?,
elle parvient à ouvrir la porte vitrée qui donne sur la véranda, le fracas la tire
dehors et elle voit le soleil tourner et le ciel en panique, le sang qui tombe, les
plumes qui tournoient dans le vent et qui se collent à son corps nu, le sang et
les plumes, une impossible pluie de sang et de plumes et elle se dit, alors c’est
vrai :
Ils sont venus tuer les anges.
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