Les dominos de la vie

Laure Manel · Chapitre 10 sur 153

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Les dominos de la vie

Chapitre 9 - Vie d’Amélie

Vie d’Amélie

 

Le bâtiment de l’imagerie médicale se présente face à elle. Elle n’a pas envie d’y entrer. Elle ne sait pas comment elle en sortira. Heureuse et soulagée ? Déçue ou paniquée ? En colère contre elle, les médecins ou la vie ? Elle laisse sa carte Vitale et l’ordonnance du docteur C. de l’Institut Gustave-Roussy au guichet, puis va s’asseoir sur les fauteuils en bois dur de la salle d’attente. Elle entend de loin le bruit familier de la machine.

Au bout d’un moment forcément trop long au rythme de son cœur qui bat plus vite que la normale, on l’appelle. On la fait entrer dans le petit vestiaire où elle va se déshabiller et enfiler la blouse et la charlotte habituelles. Pas de boucles d’oreilles, pas de barrette, rien de métallique. On lui pose les sempiternelles questions : « Vous n’avez pas d’implant cardiaque ? Jamais reçu d’éclat dans l’œil ? Vous n’êtes pas enceinte ? » Pas de danger : avec le traitement qu’elle prend, elle est ménopausée comme si elle avait vingt ans de plus. L’assistante revient, la pique dans le bras, scotche le cathéter pour éviter que l’aiguille s’agite dans sa veine. Elle lui injecte du Spasfon en intraveineuse pour éviter que les facéties de son ventre ne gâchent les images. Amélie attend ensuite qu’on vienne la chercher. La machine est en plein travail, elle entend ses sons bizarres. Ce n’est donc pas pour tout de suite. Assez rapidement, pourtant, le monstre se tait. La porte du vestiaire s’ouvre, c’est le signal. Amélie se lève, suit l’opérateur. Elle connaît le trajet, de toute façon. C’est qu’elle commence à avoir ses habitudes… Elle croise furtivement le docteur R., la radiologue qui la suit depuis sa deuxième IRM. Elle est rassurée. Elle sait que celle-ci viendra la voir après l’examen et lui dira les choses telles qu’elles sont, avec douceur et beaucoup d’humanité. Qu’elle n’aura pas à attendre plusieurs jours pour lire un compte rendu incompréhensible au commun des mortels. En sortant, elle saura.

Le sarcophage béant l’attend déjà, dans cette pièce où la température n’est jamais élevée. On l’installe, on procède à des réglages, on lui met un casque antibruit sur les oreilles (casque qui au mieux enlève quelques décibels). Puis le support horizontal sur lequel elle est allongée glisse dans la machine et s’arrête au moment où son corps entier se trouve avalé. Très vite, les vibrations sonores indiquent que l’IRM est entrée en action. On la découpe en rondelles dans les trois dimensions pour vérifier comment se portent ses nodules, pour les mesurer, puis, avec le produit de contraste qu’on lui injecte à mi-examen et qui provoque une ébullition froide dans sa veine, on évalue leur vascularisation, leur niveau d’activité. Sont-ils encore bien vivaces ou ont-ils entamé une sorte de mise en sommeil, la nécrose dont on lui a parlé et qui serait bon signe ? Pendant la petite demi-heure que dure l’examen, alors que le fond sonore rivalise de bruits désagréables et guerriers, Amélie est assaillie de mille pensées et réminiscences… et d’une question, unique : alors ?

Alors, qu’est-ce que ça dit ?

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