Les dominos de la vie
Chapitre 52 - Vie d’Amélie
Vie d’Amélie
Noël et son cortège approchent à grands pas. Son cortège de joies plus ou moins fabriquées, de réunions de famille, de cadeaux à amasser et à offrir. Sa magie dans les yeux des enfants. Amélie ne pense qu’à ça, les yeux de Victor. Qui pétillent déjà en regardant les illuminations dans les rues ou le sapin de la maison qui clignote, ou les cadeaux qu’il a listés dans sa lettre au Père Noël. Les yeux qu’il aura au moment de les déballer. Amélie l’a décidé : elle ne gâchera pas Noël. Ni celui de son fils, ni celui de son mari, ni celui de ses proches. Elle attendra encore un peu.
Cela fait plusieurs semaines qu’elle attend le bon moment. Elle ne sait pas à quoi elle le reconnaîtra. Elle a failli, un soir. Les mots étaient prêts à sortir de sa bouche. Quels mots, d’ailleurs ? Combien de fois a-t-elle joué la scène dans sa tête ? Quels mots seraient les bons ? Quels mots faut-il choisir ? Quels seraient ceux qui feraient le moins mal ? « Je ne t’aime plus » serait partiellement faux : Amélie aime toujours Sylvain, mais comme quelqu’un de sa famille, avec affection, pas de l’amour des amoureux, pas de l’amour auquel elle tend. « Je vais partir » tient trop de l’euphémisme. « Je veux divorcer » est trop tranchant. « J’ai besoin d’un break » serait mensonger. Alors quels mots ? Elle ne sait plus, ne prévoit rien, elle verra bien. Les circonstances du moment déploieront les mots et à défaut que ce soient les bons, ce seront ceux qui auront surgi dans la vérité de ce moment-là.
Elle s’interroge sur le caractère adéquat de quitter son mari en début d’année, en pleine période de vœux. « Bonne année » vraiment ? Quelle ironie. Parfois elle se déteste pour le mal qu’elle n’a pas encore fait. Mais elle sait. La conviction a grandi, c’est ainsi. Tout est clair. Et elle préférera les remords aux regrets. Elle ne veut pas passer à côté de sa vie. Elle souhaite tracer sa propre route, librement. Elle ne veut pas savoir ce qu’elle lui réserve, mais elle la souhaite pleine de richesses et d’imprévus.
Et elle espère qu’un jour Sylvain et les autres comprendront. Elle est tombée sur un texte de Julos Beaucarne qui lui a parlé très fort et qu’elle voudrait un jour leur dire, leur crier :
Est-ce aimer que de vouloir que l’autre quitte sa propre route et son propre voyage ?
Est-ce aimer que d’enfermer l’autre dans la prison de son propre rêve ? (…)
Ne vous laissez pas rêver par quelqu’un d’autre que vous-même,
Chacun a son chemin qu’il est seul parfois à comprendre. (…)
Moi seul connais le chemin qui conduit au bout de mon chemin.
Chacun est dans sa vie et dans sa peau…
À chacun sa texture, son message et ses mots.
OceanofPDF.com