Les dominos de la vie
Chapitre 14 - Flash-back
Flash-back
Tu n’as jamais vu ce gynécologue. Tu étais suivie par une femme très bien, douce et à l’écoute. Tes espoirs que le jour J tombe sur son jour de garde à elle s’effondrent à l’arrivée du docteur M.
Sa garde à lui se termine bientôt. À 19 heures. À une heure près, sans doute même moins, tu lui aurais échappé.
Le bébé a du mal à descendre. Tes efforts semblent vains, mais la sage-femme reste confiante et toi aussi. De toute façon, le monitoring est rassurant : le cœur du bébé ne montre pas de signes de faiblesse. On a le temps.
Ou pas. Le médecin décide de hâter le processus. Tu ne comprends pas tout de suite pourquoi. Tu viens de demander que l’anesthésiste revienne pour t’administrer une dose de péridurale. Cela fait plus de huit heures, les douleurs se réveillent. Le docteur M. ne souhaite pas l’attendre. Après tout, si tu es là, c’est que tu es prête à souffrir.
Le gynécologue ne dit rien. Il n’explique rien. Il ne te dit pas que le bébé se présente mal, tête vers le haut, il n’est pas là pour être dans la pédagogie, encore moins dans le dialogue ou le réconfort. Il est là pour sortir ton bébé.
Il attrape ses ciseaux. Il coupe à gauche, petit. Tu cries. Il coupe à droite, bien plus grand. Tu cries. Plus fort. Ton mari se tient à ta droite et serre ta main. La sage-femme, à ta gauche, exerce une pression compatissante sur ton bras. Ils t’encouragent, sont de tout cœur avec toi. Vous êtes tous les trois spectateurs de cet accouchement forcé. Et eux deux, pauvres spectateurs d’une scène de torture et de ta douleur.
Tu t’agites. On n’a pas attaché tes jambes, par réflexe tu te débats, tu poses tes mollets sur les épaules du gynécologue. Il te reproche ce geste, il te demande de reprendre place dans les étriers. Il te réprimande. Il n’avait qu’à t’attacher, après tout.
« Vous avez mal dans votre tête. » Il dit ça et ce sont à peu près ses seuls mots.
Puis tout va très vite. Le docteur M. prend les forceps et va chercher ton bébé. Peu importe s’il est encore haut, peu importe que tu souffres le martyre. Tu vis des secondes atroces d’une douleur paroxystique. Tu ne savais pas que l’on pouvait avoir aussi mal. Heureusement, cela ne dure pas très longtemps.
Ton bébé est là.
Le bonheur dépasse la douleur.
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