Les dominos de la vie
Chapitre 67 - Vie d’Amélie
Vie d’Amélie
Amélie n’a pas attendu le retour de Sylvain. Fatiguée, elle s’est glissée dans le lit de la chambre d’amis. Sa chambre, maintenant. Ils sont officiellement des colocataires. Mais pour combien de temps ? Cela ne pourra pas trop durer. Elle pense à son futur chez elle, au lieu où elle atterrira. Se demande où ce sera. Elle pense à cette maison-cube qu’elle va quitter et qu’elle aime profondément. Elle pense à Victor, au moment où ils lui annonceront la nouvelle. Elle pense à son travail, à sa mère, à sa sœur, à ses amis, à tous ceux qui vont l’apprendre et à leurs réactions, à l’école, à l’organisation future, à une potentielle garde alternée, à la répartition des meubles, à sa nouvelle vie… mais surtout à Victor.
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Le 2 janvier est un dimanche. Il fait un temps sec. Quand Amélie se lève, Sylvain est déjà en tenue de VTT, prêt à partir. Victor regarde un dessin animé dans le canapé.
Premier matin gênant. Comment se saluer, quoi se dire ? Elle n’ose pas aller vers lui, lui demander s’il a passé une bonne soirée, encore moins une bonne nuit. Son visage chiffonné parle pour lui. Elle l’a entendu rentrer, il était tard, et puis il a dû avoir du mal à trouver le sommeil. Elle ne sait pas où il est allé, ce qu’il a fait, qui il a vu. Elle suppose qu’il a retrouvé ses deux meilleurs amis, mais n’ose pas le lui demander non plus. Alors… que se dit-on un matin de lendemain de séparation ?
– Salut, fait-il avec un semblant de sourire gêné.
Alors on se dit ça : salut. Elle lui répond en écho. Avec la même gêne, la culpabilité de tout ce qui arrive en plus.
– Je l’ai dit aux gars.
Il y a tant dans ces petits mots qui tiennent en une petite phrase. Il y a trop peu pour que Victor comprenne, mais il y a tout ce qu’elle devine : une soirée entre potes autour de celui qui va mal, la stupeur, les explications, les mots durs, et quelques silences.
– Ah, se contente-t-elle de répondre.
Elle trouverait déplacé de lui demander comment ils ont réagi. Elle le saura vite, de toute façon. Et Sylvain prend déjà la direction de l’arrière-cuisine. Avant de quitter son champ de vision, il dit simplement :
– Faudra qu’on parle de… enfin, tu vois.
Et il s’éclipse avant qu’elle n’ait le temps d’acquiescer. Il est parti. Avant, il aurait déposé un baiser sur sa bouche. Il lui aurait souhaité une bonne matinée, ma chérie. Il lui aurait dit à quelle heure il comptait revenir. Là, il part comme s’il fuyait. Il est libre. Il n’a plus ni tendresse à lui offrir ni comptes à lui rendre. Elle reste les bras ballants dans sa cuisine, abandonnée.
Une larme s’invite sur sa joue.
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