Les dominos de la vie

Laure Manel · Chapitre 137 sur 153

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Les dominos de la vie

Chapitre 144 - Vie d’Amélie

Vie d’Amélie

 

 

Elle est allée au bout, mais… La cuite n’a rien donné. Le lendemain, c’est pire : Amélie n’a pas pu aller travailler. Nausée, barre sur le front, Thomas sorti de sa vie… le néant. La déprime. Elle n’a perçu aucune des vertus de l’alcool vantées par son ami. Elle a dû annuler ses rendez-vous. Loïc s’est senti coupable. Il ne pensait pas qu’elle se mettrait dans un état pareil. Elle lui avait déjà dit qu’elle n’avait jamais bu au point d’être saoule. Elle était toujours parvenue à s’arrêter à temps pour profiter seulement des effets joyeux, avant d’être malade, avant de se déconnecter d’une soirée, avant de risquer de faire n’importe quoi, avant de ne plus se souvenir. Mais le chouchen l’a tuée. Elle qui adore ça, elle lui a dit, après, quand il l’a ramenée dans son appartement et l’a aidée à se coucher : « Plus jamais. Plus jamais de chouchen, tu m’entends ? Plus jamais. Plus de chouchen. Plus jamais. » Et il l’a laissée là, avec son téléphone à portée de main et une bassine au pied du lit. « Ça tangue, Loïc ! » Il a eu envie de rire, parce qu’il ne l’avait jamais vue comme ça, et en même temps pas du tout, parce que c’était un peu à cause de lui et qu’il sait ce que c’est… Les lendemains donnent souvent des regrets.

*

* *

Heureusement, le soir, Amélie a une raison de se réjouir : elle retrouve son petit Victor. Elle va pouvoir laisser de côté les douleurs de sa vie de femme célibataire et se concentrer sur son rôle de mère, sur la joie d’être avec son fils, de partager des moments avec lui. Et, pour une semaine, ne pas être seule.

Elle retrouve Victor à la sortie de l’école. Il est surpris de la voir si tôt. Pas de garderie ? Elle n’a pas travaillé, aujourd’hui. Elle ne dit pas pourquoi, évidemment. Il est content.

Elle l’embarque pour Morgat. Parce qu’ils aiment passer leurs week-ends là-bas (et y retrouver Jacques), et parce qu’elle n’a qu’une envie : fuir Quimper.

– Ça va, maman ? lui demande Victor, alors qu’ils roulent depuis un bon quart d’heure.

– Ça va, mon ange. Pourquoi tu me demandes ça ?

– Parce que tu dis rien…

Amélie s’excuse. Elle est dans ses pensées. Accuse des soucis au travail, rien de grave. Mais prend conscience que la douleur la suit. Qu’elle ne s’est pas évanouie comme par magie. Qu’elle ne s’en est pas débarrassée en quittant Quimper. Quimper où elle a laissé Thomas comme d’autres vendredis, mais cette fois c’est pour de bon, ils n’échangeront plus de messages, ne s’appelleront plus. Même quand il n’était pas là, il était là quand même. C’était une présence. Il y avait quelqu’un dans son cœur. Mais il n’y est plus. Ou plutôt si, justement. Il aurait fallu qu’il sorte de son cœur en même temps qu’il était sorti de sa vie. Mais cela ne fonctionne pas comme ça. Ce serait trop simple. Et elle est là, en pleine dépression sentimentale, accaparée par ses pensées tristes, ressentant un vide assourdissant. Et ne se sentant pas vraiment disponible pour son fils. Comme si une partie d’elle était ailleurs. À Quimper, dans le lit de Thomas, ou dans ses questionnements sans fin. Mais pas comme la mère dévouée et aimante qu’elle est d’habitude et qu’elle voudrait être. Elle est trop malheureuse, trop enserrée dans sa tristesse pour être une bonne mère ce week-end. Elle va devoir déployer des efforts surhumains pour au moins le paraître. Pour que Victor ne se doute de rien.

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