Les dominos de la vie

Laure Manel · Chapitre 50 sur 153

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Les dominos de la vie

Chapitre 54 - Vie d’Amélie

Vie d’Amélie

 

Loïc a fini par deviner. À force de se montrer évasive, à force d’éviter le sujet, Amélie a éveillé ses soupçons. Un midi, entre deux bouchées d’un buddha bowl, il lâche :

– Vous allez vous séparer, c’est ça ?

Amélie se tend sous l’effet de la question. Le dévisage avec de grands yeux étonnés. Comment a-t-il deviné ? Elle murmure un oui, mélange de tristesse et de détermination.

– C’est toi ?

– Oui…

– Tu as rencontré quelqu’un ?

Sa question la heurte même si elle suppose, à raison, qu’on la lui posera encore.

– Tout de suite… Parce que je décide de quitter Sylvain, il faut que ce soit parce que j’ai rencontré quelqu’un ?

– Ne m’en veux pas de poser la question, avoue que c’est un classique…

– Eh bien non, je n’ai rencontré personne. Mais un jour, j’aimerais, évidemment… et je serai libre.

Loïc la regarde avec circonspection. Comme s’il ne la croyait pas. Amélie se vexe intérieurement. Depuis quand ment-elle ?

– Alors pourquoi ? demande-t-il comme s’il fallait une raison à tout.

– Parce qu’on ne s’aime plus comme je voudrais qu’on s’aime, parce que je veux vivre autre chose, parce que j’aime ma vie, mais que je la trouve fade et trop prévisible, parce que je veux vibrer, je veux savoir quelles surprises vont me tomber dessus, connaître la solitude, l’indépendance, la liberté, même si ça paraît bizarre, dit comme ça… Et puis parce que je veux savoir qui je suis. Qui je suis en dehors de Sylvain.

La perplexité de son ami engendre un silence.

– Et ça t’a pris d’un coup ?

– Non, évidemment. C’est venu petit à petit. Depuis l’IRM, en gros. Depuis que j’ai pris conscience qu’il n’y a pas de temps à perdre pour vivre sa vraie vie.

Loïc ne semble pas comprendre, comme s’il avait plusieurs chapitres de retard.

– La vie m’offre une deuxième chance. Et j’ai envie qu’elle soit différente de la première. Je dirais même que la maladie est, peut-être, venue me dire que je faisais fausse route. Que je m’étais engagée sur un chemin qui n’était pas vraiment le mien…

– Enfin, tu as quand même choisi Sylvain, et choisi de te marier avec lui… Personne ne t’a forcé la main.

– Certes. Mais enfin est-on assez adulte, a-t-on assez vécu quand on choisit son futur à dix-sept ans ? A-t-on assez de recul et d’expérience pour décider de se marier à vingt-deux ? Avoue… Tu n’aurais jamais fait ça !

Loïc en convient avec un demi-sourire, lui qui papillonne, qui n’arrive jamais à se fixer plus de trois mois avec quelqu’un. Amélie poursuit :

– Et puis, tu sais, je crois que, sans vouloir incriminer qui que ce soit, on a aussi tendance, quand on est jeune et qu’on manque de personnalité, à vouloir répondre à une attente inconsciente de l’entourage… ou à vouloir faire comme… Moi, avec mes parents heureux en ménage et ma sœur déjà mariée, je voulais faire pareil et prouver à la terre entière que j’avais trouvé le bon.

– Et ça ne l’était pas…

– Si, bien sûr. À ce moment-là, j’y croyais. Et nous avons été heureux. Mais maintenant, j’ai grandi. J’ai même l’impression d’avoir pris dix ans d’un coup… Je sens un décalage entre nous, des visions différentes. Je me rends compte que nos chemins doivent se séparer ici et que je dois poursuivre ma route seule. C’est tout…

Loïc hoche la tête. Il entend les mots d’Amélie. Il veut bien comprendre son point de vue. Essayer. Mais il pense à Sylvain. Et il se sent affreusement gêné d’être au courant avant lui de ce qui est sur le point de lui tomber dessus.

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