Les dominos de la vie

Laure Manel · Chapitre 70 sur 153

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Les dominos de la vie

Chapitre 76 - Vie d’Amélie

Vie d’Amélie

 

 

Amélie revient à l’agence plus tôt que d’habitude le lundi. Loïc n’y est pas encore. Tant mieux. Elle a besoin de décompresser et de réfléchir. La colère l’oppresse.

Sa grande sœur a tendance à vouloir toujours avoir raison. Elle sait tout mieux que les autres. Elle a meilleur goût. Elle prodigue d’excellents conseils. Tu devrais faire ceci, tu devrais faire comme ça… Elle sait. De son point de vue, évidemment. Alors bien sûr, elle n’a pas tout à fait tort sur certains points. D’ailleurs, elle a su toucher Amélie là où ça fait mal : Victor. Elle a su l’atteindre et lui envoyer en pleine face l’égoïsme qu’elle craint de développer et sa culpabilité de mère. Sa culpabilité tout court, d’ailleurs. Tout ce qui arrive, à présent, c’est de sa faute. C’est elle qui a choisi et impose son choix aux autres. C’est sur elle que cela retombera. Et cela ne manquera pas de faire parler. Tant pis.

Le jugement des autres… Si Amélie s’en est souciée à une époque, elle a décidé que c’était terminé. Qu’ils ne comprennent pas n’est pas son problème, qu’ils sachent mieux qu’elle ce qui est bien et jugent ses actions ne l’est pas non plus. Elle a décidé de vivre sa vie comme elle l’entend. Parce qu’elle sait où commence son chemin. Ceux à qui ça ne plaît pas, elle s’en fiche. Elle n’a pas besoin des aigris, des hargneux, des intolérants. Ceux-là, elle le sait, sont souvent malheureux. Ils ne lui ôteront pas son courage.

Elle ira là où la vie doit la mener, sans peur ni souci du qu’en-dira-t-on.

*

* *

Le mercredi soir, elle retrouve Julie. Elles ont choisi de ne pas nager. À circonstances exceptionnelles, soirée exceptionnelle. Il y a tant de choses à se dire. Elles se sont retrouvées dans un pub et attaquent leur premier verre. Un spritz pour Amélie, un mojito à la framboise pour Julie.

Julie veut tout savoir. Avec les détails dont seules les meilleures amies bénéficient. Amélie raconte, elle l’écoute. Parfois elle grimace. Parfois elle écarquille grand les yeux.

– Je n’en reviens pas, finit par dire Julie.

– Tu trouves aussi que j’ai pété un câble, comme le pense Hélène ?

– Non, parce que je trouve cela très sensé, au fond. Et puis je sais que tu as mûrement réfléchi.

– Mais tu me trouves égoïste…

– Forcément un peu… J’imagine que celui qui part est toujours taxé d’égoïsme, ce doit être normal. Et, bon, je sais que tu vas faire les choses bien, du mieux possible. Je ne suis pas spécialement inquiète. Même pour ton petit loup… Mais… Je ne sais pas. C’est juste que ça fait bizarre que « Sylvain et Amélie », le couple, n’existe plus. Je n’arrive pas encore à me rendre compte. Et, tu vois, je suis triste à l’idée de ne plus pouvoir envisager nos dîners à quatre, nos week-ends… C’est la fin d’une époque, quand même.

– Je comprends.

– Et puis ce qui est triste, c’est de voir un couple comme le vôtre, qui semblait épanoui, se séparer… Pour moi « Sylvain et Amélie », ça tenait de l’inébranlable. Vous étiez solides ! Et puis non. C’est dommage, et… ça fait peur, en fait. On se demande qui sera épargné.

– Désolée… Mais tu as dit un mot important. Tu as dit sembler… « un couple qui semblait épanoui ». Tu sais, il y a ce qu’on montre, ce que les autres croient voir, et la vérité. Il peut arriver qu’il y ait un décalage.

– En l’occurrence, pas plus que ça : vous paraissiez bien ensemble, et vous l’étiez.

– Oui, on était bien… Mais est-ce que ça suffit, d’être bien ?

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