Les dominos de la vie

Laure Manel · Chapitre 75 sur 153

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Les dominos de la vie

Chapitre 81 - Vie d’Amélie

Vie d’Amélie

 

Amélie se couche en se reprochant d’avoir attendu Sylvain. Elle n’aurait pas dû. Qu’espérait-elle, au juste ? De vagues bribes de leurs anciens vendredis soir ? C’était idiot. Elle prend conscience qu’elle est pétrie de leurs habitudes. Elles lui collent à la peau. Elle les a intégrées depuis si longtemps. Quand il sortait sans elle, elle l’attendait toujours. Sauf si le sommeil venait la prendre trop tôt. Il lui arrivait de la retrouver endormie sur le canapé. Souvent il la réveillait d’une caresse sur la joue et l’aidait à monter jusqu’à leur lit.

Tout ce qui appartient au passé doit y rester. Il faut aller de l’avant, inventer l’avenir. Partir d’ici.

Demain, elle cherchera un logement.

*

* *

Elle s’est levée tôt, après une nuit agitée pleine de rêves. Elle a pris une douche pour mieux se réveiller. Est en train de se sécher avec sa serviette. Soudain Sylvain surgit dans la salle de bains. Sans doute mal réveillé, il n’a pas prêté attention aux bruits dans la maison. Elle n’avait pas fermé la porte. Les habitudes, encore… Il la découvre à moitié nue et c’est comme s’il la voyait ainsi pour la première fois depuis très longtemps. Il marque un temps d’arrêt dans les yeux d’Amélie, s’excuse, sort. Mais revient. Saisit sa tête entre ses mains, la fixe ainsi un instant, puis l’embrasse à pleine bouche. Dans sa surprise, Amélie a laissé choir sa serviette sur le sol. Elle est totalement nue. Et lui, pris d’un désir soudain qui la contamine. Il n’a pas envie de la prendre ainsi, dans la salle de bains. Lui attrape la main, l’entraîne vers la chambre conjugale.

Ils font l’amour comme cela n’était pas arrivé depuis une éternité. Avec passion, fougue, et beaucoup de plaisir. Pendant leur étreinte, les cerveaux se sont déconnectés. Ils ne sont que deux corps en manque. Deux corps qui soupirent, qui gémissent. Deux corps qui découvrent qu’ils s’aiment encore.

*

* *

Amélie a quitté la chambre juste après. Victor s’est levé, il est en bas. Une bonne raison de ne pas faire durer la gêne qui s’est emparée d’eux. Elle descend, retrouve son petit, lui fait le câlin du début de journée, pensive et agitée en son for intérieur. Elle se repasse la scène. La perte de contrôle. Le désir qui oublie tout le reste. Elle s’en veut. Elle aurait dû l’arrêter dans son élan, au moins lui dire « Ce n’est pas une bonne idée ». Parce que cela ne changera rien. C’était un appel des corps, du désir, un reste d’amour, oui. Mais cela ne remettait pas en question sa décision ni leur nouvel avenir. Il ne faut pas tout confondre. Amélie craint très fort que Sylvain ne tente de la convaincre par une formule du type : « Tu vois bien qu’on s’aime toujours… On ne peut pas se séparer. »

Au lieu de ça, lorsqu’il descend, une petite demi-heure plus tard, il lui assène :

– J’ai pris mon samedi. Je voudrais passer le week-end avec Victor. Pour une fois… Et seul avec lui, pour être clair. Surtout après ce qui vient de se passer. Je crois qu’il vaut mieux que tu t’éloignes un peu de la maison.

– Ah ? Je…

– Je n’ai pas envie de t’avoir sous les yeux. J’ai besoin de me retrouver avec Victor. Tu peux essayer de comprendre ?

Amélie se lève, rive des yeux pleins de larmes à ceux de Sylvain, puis monte préparer un sac avec quelques affaires.

Elle partira quelques minutes plus tard sans un mot à Sylvain, chassée de sa maison. Et se sentant salie.

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