Les dominos de la vie

Laure Manel · Chapitre 115 sur 153

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Les dominos de la vie

Chapitre 121 - Flash-back

Flash-back

 

 

Au moins tu n’accoucheras plus.

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Vie d’Amélie

 

– Tu as trouvé ce que tu cherchais ?

– Plus que ça, même, répond Amélie en prenant place dans le canapé en rotin de la véranda.

Sa mère lui tend une tasse de thé et dispose sur la table un échantillon de biscuits bretons, palets, galettes et crêpes dentelle.

– Tu te rappelles que j’écrivais, plus jeune ?

– Comment l’oublier ! Tu y passais des heures. Quand tu ne lisais pas, tu écrivais. Impossible de te décoller ou de tes livres ou de tes cahiers ! Je ne sais plus trop quand tu as arrêté.

– Je crois que ça coïncide avec ma rencontre avec Sylvain.

– Tiens, c’est drôle ! Je n’avais pas fait le rapprochement.

Amélie n’en est pas si sûre. Cependant, elle se rappelle bien comme l’inspiration s’était enfuie, à ce moment-là. Ou l’envie. Elle n’avait plus de temps à consacrer à l’écriture. Elle préférait être avec son amoureux. La vraie vie la comblait. Elle n’avait plus rien à chercher dans l’écriture, alors. Et elle avait laissé là son rêve, abandonné sur le bas-côté de son adolescence. Sans même s’en rendre compte. Elle repense à la fin du texte de ses quinze ans, qui parlait d’écriture. Si j’écris ainsi, c’est avant tout pour moi. Même si j’aimerais, un jour, me faire éditer, je n’ai pour l’instant rien trouvé d’extraordinaire pour l’être. Je me fais plaisir. Je me raconte des histoires. Je me suis toujours raconté des histoires. Les histoires qu’elle se racontait sur le papier avaient remplacé celles qu’elle inventait lorsqu’elle jouait, petite. Et puis il y avait aussi les films qu’elle réalisait dans sa tête le soir, avant de s’endormir, et qu’elle a réalisés très longtemps.

Les mots de Jacques Le Gall ont fait écho aux mots de ses quinze ans. Et elle se demande tout à coup : et s’il avait raison ?

*

* *

Amélie reprend la route de Morgat avec l’envie d’écrire, mais une envie totalement floue. Écrire quoi ? Sur quel sujet ? Dans quel format ? Sur la question du pour qui, elle pense avoir la réponse, comme dans sa jeunesse : pour elle, pour son plaisir. Mais pour le reste… Elle ne se voit pas se lancer dans un roman. Elle n’a pas la technique et surtout elle n’a pas d’idées. Elle ne saurait pas quoi raconter. Et puis elle imagine très bien où cela la mènerait : nulle part. Comme pour la trentaine de romans qu’elle a commencés et jamais finis.

Amélie se demande si écrire pour elle, ce ne serait pas écrire pour aller mieux, ou écrire sur elle. Un écrit thérapeutique, en quelque sorte. Durant la maladie, au plus fort de ses angoisses, elle n’a pas écrit non plus. Elle se l’est dit, d’ailleurs, s’interrogeant sur cette vague envie de déverser son expérience, sa colère et ses angoisses sur le papier. Sans doute aurait-elle mieux dormi si elle avait couché sur le papier ses affres au lieu de laisser s’écouler sans fin les mots dans son esprit la nuit. Mais elle n’avait pas écrit. Comme si l’écriture était complètement sortie de sa vie. Comme si, même au plus fort de la maladie, l’écriture n’avait pas constitué un réflexe de survie. Alors qu’elle lui avait été vitale pendant son adolescence.

Et là, tout à coup, une sorte d’évidence. Une envie qui renaît. À la faveur des mots de Jacques Le Gall. Des mots posés comme ça, au détour d’une conversation banale. Des mots incongrus, mais qui avaient tout de suite résonné fort en elle.

Alors, même si Amélie se sent perdue, elle revient de chez sa mère avec la certitude de penser à se remettre à l’écriture, et un livre qui l’avait beaucoup marquée, quand elle était ado, et qui était venu interroger et amplifier son désir d’écrire : Lettres à un jeune poète, de Rainer Maria Rilke.

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