Les dominos de la vie
Chapitre 147 - Vie d’Amélie
Vie d’Amélie
– Parfois j’ai l’impression de perdre pied, confie Amélie à Julie, alors qu’elles se prélassent dans la chaleur moite du hammam.
Celle-ci l’invite à s’expliquer, à développer. Pourquoi cette expression vaguement dramatique ? Sa vie n’est-elle pas belle, malgré tout ? A-t-elle oublié d’où elle vient, et revient ?
– Je ne pensais pas que ce serait si difficile. Que j’aurais autant de mal avec la solitude. Je ne suis vraiment pas faite pour ça.
– Crois-tu vraiment que les gens puissent être faits pour ça ? L’homme est un animal social. Nous avons besoin les uns des autres.
– Il y a des femmes indépendantes qui vivent parfaitement leur solitude.
– Elles sont rares. Ou alors elles ont une vie familiale ou sociale riche.
– Peut-être…
– Pourquoi ne retournes-tu pas sur ton site de rencontres ? C’est le moment idéal : tu discutes par écran interposé, tu crées des liens, et ça peut déboucher sur une histoire…
– Franchement, avec la claque que je me suis prise, je n’ai pas du tout envie de me relancer dans une histoire…
– Parfois, soigner le mal par le mal, ça marche.
– Ou le mal par le mâle, tu veux dire ? Non, très peu pour moi. Il faut que vous arrêtiez, Loïc et toi, avec vos fausses solutions.
Julie rit. Elle a bien compris la référence à la soirée « Le chouchen m’a tuée ». Sans transition, Amélie enchaîne sur celle qu’elle a passée la veille.
– Tu t’es envoyée en l’air avec un inconnu, toi, Amélie ?
– Je ne connais même pas son prénom.
Elles pouffent de rire.
– Et… c’était bien ?
– C’était quelconque. Sans âme, quoi.
– Je vois.
– Et toi, comment ça va ? Parce que je ne parle que de moi, en ce moment. J’ai bien conscience d’être quelque peu autocentrée…
Julie sourit pour l’excuser. Paraît hésiter.
– Quoi ? Y a un truc. Y a un truc dans ton œil. Raconte.
– Je voulais t’en parler, mais comme tu ne vas pas très bien en ce moment, je me voyais mal afficher mon bonheur en son et lumière, tu vois…
– Tu es enceinte ?!
En guise de réponse, le sourire de Julie s’étire en grand.
– Oui. De deux mois, a priori.
– Oh, je suis si heureuse pour toi ! Mais c’est formidable. Et Mathieu, il est content ? Oui ?
C’est vrai que Julie attendait ce moment depuis longtemps et que son chéri avait tendance à refréner ses ardeurs.
– Oui. Je crois qu’il a eu le déclic. Enfin. Alléluia !
Amélie applaudit, scrute le ventre de Julie. Il est toujours aussi plat. Mais la magie a déjà opéré.
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