Les dominos de la vie

Laure Manel · Chapitre 149 sur 153

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Les dominos de la vie

Chapitre 156 - Vie d’Amélie

Vie d’Amélie

 

 

Les vacances d’été s’ouvrent avec l’anniversaire de Victor, le lendemain du jour J.

Amélie a convié tout le monde dans la maison de Morgat. Un soleil radieux et chaud a permis de prévoir les festivités dans le jardin, sur la terrasse flambant neuve. Au bout du jardin, la baie de Douarnenez s’offre aux regards, la mer a pris des reflets bleu-vert insensés.

Mémé Corentine, cette fois, ne pourra pas être des leurs. Amélie en est triste. Elle aurait tant aimé l’accueillir ici, dans son ancien jardin, dans son ancienne maison. Sa grand-mère aurait vu les changements. Peut-être, cependant, en aurait-elle été choquée.

Amélie n’a pas invité Sylvain. Elle n’a pas osé (c’était peut-être un peu tôt). Et puis elle n’était pas sûre d’avoir envie qu’il soit là. De toute façon, il a fêté l’anniversaire de Victor avec ses parents, hier soir. Sans l’inviter non plus. Comme quoi… c’est chacun sa vie. Elle redoutait que ce premier anniversaire de Victor sans lui soit une étape désagréable. Mais ça n’a pas été si terrible que cela grâce au petit déjeuner surprise qu’elle a pu organiser avec la complicité de Sylvain. Elle pense à Noël. N’imagine pas les festivités sans Victor. Il faudra qu’ils trouvent un autre arrangement, avec son papa. Mais elle ne s’inquiète pas trop.

*

* *

Les premiers arrivés sont Nadine, Hélène, Jocelyn et leurs filles. Pendant que les enfants entament une partie de cache-cache dans le jardin, les adultes visitent la maison avec une curiosité mâtinée d’admiration. C’est fou comme la maison est différente. Et pourtant Amélie a su préserver son âme.

Julie et Mathieu arrivent au moment où la visite se termine. La marraine de Victor a opté pour une robe moulante, mettant en valeur un début de ventre de femme enceinte, et affiche l’air épanoui de la future maman. Mathieu la couve des yeux. Amélie est heureuse de constater qu’ils n’ont jamais paru si proches. Il suffit parfois d’avoir pris une décision pour que les doutes s’envolent.

Le groupe se retrouve dans le jardin. On ouvre des bouteilles de champagne et on le sert dans les coupes. « Ça les fera arriver plus vite », dit Jocelyn, évoquant les retardataires.

Les membres de la famille d’Amélie sont curieux et impatients de rencontrer Jacques. Celui qui habite pourtant à deux pas se fait attendre. Le trac, peut-être ? Amélie lui envoie un message : Le champagne est servi. La réponse arrive vite, sous la forme d’un coup de sonnette : il est là, sur le petit perron. Amélie l’accueille tout sourire et à bras ouverts. Elle est heureuse de le présenter à sa famille. Il n’est pas très à l’aise, se demande si c’est vraiment sa place, si ça n’est pas trop… trop tôt ou trop hors normes, mais il ne peut plus reculer. Déjà Amélie le prend par le bras et l’entraîne vers le jardin.

– Je vous présente Jacques ! s’écrie Amélie à l’attention de sa famille.

Tous se tournent vers l’inconnu et le dévisagent. Ils ont entendu parler de lui et, sans le connaître, s’en sont fait une idée. Peut-être certains, Hélène en tête, l’ont-ils suspecté de vouloir obtenir plus d’Amélie qu’une simple amitié. Elle leur paraît peut-être bizarre, hors des normes, oui. Mais force est de constater, et cette journée le leur prouvera à tous, qu’il existe entre eux une amitié familiale sincère et dénuée de toute ambiguïté.

Amélie lève son verre à la santé de tous, et aux cinq ans de Victor. Annonce que Loïc n’arrivera que pour le dessert. Puis les discussions reprennent, le temps de l’apéritif qu’ils prennent debout, dans l’herbe, tout en picorant les petits fours disposés dans des plateaux.

Ils passent à table. Amélie a placé Jacques auprès d’elle, et sa mère de l’autre côté. Un instant, elle imagine son père à la place de Jacques, puis sa vision s’efface. Le repas se passe à merveille. Après quelques instants où la timidité et la gêne ont pu parasiter les débuts, petit à petit tout le monde se détend et la discussion devient naturelle. « Je crois qu’ils t’ont adopté », glisse Amélie à l’oreille de Jacques, au moment du fromage.

On attend Loïc pour le dessert. Victor s’impatiente. Quand son parrain va-t-il arriver ? Il voudrait ouvrir ses cadeaux.

C’est alors que Loïc fait son entrée, à l’angle de la maison qu’il a contournée sans sonner. Il n’est pas seul, évidemment. Amélie lui a demandé de venir avec Maxime. Souhaitant provoquer une rencontre, espérant que le choc ne serait pas trop rude, mais que la surprise, au contraire, sera belle pour Jacques. Elle le dévisage tandis qu’il réalise que c’est son fils, aux côtés de l’ami d’Amélie. La stupeur est nette, mais empreinte d’émotion. Amélie sourit… Elle a peut-être gagné.

Les deux hommes effectuent le tour de la table pour saluer un à un les convives déjà installés.

– Bonjour, papa. Il paraît que tu connais déjà Loïc…

Jacques se lève, embrasse son fils, puis serre la main de Loïc avec la poigne qui le caractérise. Il est somme toute déboussolé.

– Tu m’auras tout fait… dit-il à Amélie, en guise de réprimande.

– Pas trop sonné ?

– Un peu, avoue-t-il.

Mais les circonstances jouent pour eux. L’effervescence reprend, à l’arrivée du gâteau avec ses bougies et des cadeaux. On s’exclame, on braque les téléphones pour garder des souvenirs.

Le repas s’achève dans la bonne humeur, même si certains autour de la table oscillent encore entre gêne et surprise.

Ensuite, il y a des jeux, des discussions dans le jardin. Beaucoup d’animation et de belles retrouvailles.

Postée dans l’encadrement de la porte-fenêtre, Amélie embrasse la scène du regard. Sa sœur, en grande discussion avec sa mère et Jacques. Jocelyn, avec Julie, Mathieu et le nouveau couple. Puis d’autres mélanges, d’autres associations. Un père et son fils. Des sourires et des regards qui en disent long. Tant de bonheur sous ses yeux. Une famille, une nouvelle famille. Une famille qui va encore grandir. Par la magie des liens du sang et des liens qui se choisissent. Une joyeuse harmonie.

Amélie repense à l’anniversaire de Victor, l’année dernière, dans la maison-cube. Tant de choses se sont passées en une année ! Elle a perdu Sylvain, mais a gagné Jacques. Elle s’est perdue, mais elle s’est retrouvée. Pour la première fois depuis longtemps, elle a l’impression d’avoir trouvé son équilibre.

Hélène s’approche d’elle, la prend dans ses bras avec sa tendresse de grande sœur, et lui glisse à l’oreille :

– Il est chouette, ton Jacques.

Elles le cherchent des yeux. Il est en grande discussion avec leur mère. Amélie sourit, la remercie. C’est si bon de savoir son ami adopté, de se sentir comprise. Hélène s’éloigne déjà, se dirige vers les enfants qui ont entamé une partie de croquet.

Amélie inspire en grand. Plus que jamais, elle en est certaine : le meilleur est à venir.

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