Les dominos de la vie

Laure Manel · Chapitre 4 sur 153

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Les dominos de la vie

Chapitre 3 - Vie d’Amélie

Vie d’Amélie

 

Comme très souvent le lundi, Amélie retrouve sa sœur pour le déjeuner. Hélène tient un magasin de vêtements à Douarnenez et ne travaille pas ce jour-là. Elle en profite pour aller à Quimper. Aujourd’hui, elles ont opté pour une crêperie et déjà passé commande. Après quelques mots échangés sur tout et rien, Hélène ne tarde pas à aborder le sujet qui imprime sur le front d’Amélie quelques lignes soucieuses.

– Tu appréhendes pour mercredi, c’est ça ?

Amélie opine.

– Ça va bien se passer…

– Tout le monde me dit ça. Sylvain, maman, Loïc, Julie, toi… Mais qu’est-ce que vous en savez ? Franchement ! Vous n’êtes pas devins, ni médecins. Et même eux n’en savent encore rien.

Hélène ne prête pas attention à l’inhabituelle véhémence d’Amélie. Elle sait bien par où elle est passée, les angoisses, l’attente, la fébrilité… Elle comprend.

– Justement : ton IRM arrive, dans deux jours tu seras fixée. Les médecins et nous aussi. Mais il n’y a pas de raison. Ça avait pris le bon chemin, ces derniers mois.

– Oui, avec la chimio. Mais comme, je te le rappelle, je l’ai arrêtée depuis deux mois, si ça se trouve c’est reparti en beauté.

– Je sais bien que c’est ce que tu crains. Mais, vraiment, je te le dis : mon intuition est optimiste.

– Depuis quand elle est fiable, ton intuition ?

Hélène sourit malgré l’attaque. Sa sœur n’est pas disposée à entendre. La peur – compréhensible – l’englue dans ses pensées sombres. Seule l’IRM lui donnera tort ou raison. En attendant, mieux vaut changer de sujet.

*

* *

Après le déjeuner, Amélie marche vers le parking où se trouve sa voiture. Elle a rendez-vous chez une cliente à 14 h 30. Elle repense aux mots d’Hélène. À ceux de Sylvain, ce week-end, à ceux de Loïc, ce matin. Ils essaient tous de la rassurer. Dans un sens, elle leur en est reconnaissante. Leur amour, leur soutien l’enveloppent, certes. Mais ils n’ont aucun impact sur la réalité. Ils n’ont aucun pouvoir sur ce qui se trame dans son corps. Et, au fond, ils ne comprennent pas vraiment ce qu’elle vit. Cette peur, peut-être insensée, mais qui la dépasse. Ce n’est pas une question de manque de confiance dans le corps médical. C’est une question de méfiance vis-à-vis de son propre corps, de ce qu’il a été capable de produire, de sa capacité ou non à faire front, à gagner. À gagner avec ce qu’il lui reste de traitement, mais sans la chimio. La chimio, le pilier de ses derniers mois, son ancre, sa bouée, ce à quoi elle s’est accrochée. Alors, oui, elle attend son IRM… la septième. Elle attend le verdict. Et plus il approche, plus la peur grandit.

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