Les dominos de la vie
Chapitre 21 - Vie d’Amélie
Vie d’Amélie
Le papillon est là. Comme posé sur son épaule. Invisible aux yeux des autres en hiver, il ne le sera pas quand elle portera des robes à bretelles en été. Il le regarde. Ce n’est pas qu’il soit laid, non. Le dessin est même plutôt réussi. Traits fins, noir sobre, jolies ailes déployées. Mais il est insolite, incongru, déplacé. Sylvain se demande encore comment ce papillon a pu atterrir sur l’épaule de sa femme. Atterrir et s’y installer définitivement. Alors qu’il était contre. Alors qu’elle sait que pour lui les tatouages sont souvent laids, parfois vulgaires, toujours contraires à la notion de bonne image. Même s’ils sont à la mode. Et puis ça vieillit mal. Qu’est-ce que ça devient, quand la peau flétrit ?
Si ce papillon signifie pour Amélie un envol, une renaissance, pour lui il symbolise surtout un acte fort de la part de sa femme. Une volonté de liberté, d’émancipation, une transformation. Le début d’un changement.
Mais paradoxalement il n’a pas peur : Amélie est la même. La même avec un papillon sur l’épaule. La même qui sourit. Depuis l’IRM, il la sent mieux. Libérée, oui. Plus forte. Prête à aller de l’avant. Pour de nouveaux défis, peut-être. Il ignore ce qui les attend. Mais il la regarde et il ne peut s’empêcher d’en être fier.
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Sylvain aime Amélie depuis longtemps. Elle lui avait plu tout de suite. Son côté double face peut-être. Mi-timide, mi-fofolle. Ses cheveux très noirs, ses yeux bruns en amande, ses longs cils épais, son regard profond, un peu mystérieux. Un tout. Ils étaient sortis ensemble et contre toute attente l’histoire avait duré. Elle était sa première, il était son premier. Un bébé couple, disaient certains. L’amour était venu petit à petit, s’était amplifié. Ils s’étaient mariés. Le petit Victor était venu parachever l’ensemble, solidifier leur lien. Ils formaient une petite famille unie. Une famille à enfant unique, à trois. Pas bancale pour autant, mais ça n’était pas ce qui était prévu. La vie en avait décidé autrement, et il avait bien fallu se soumettre. La vie, comme la nature, a ses lois et une puissance face à laquelle on est parfois peu de chose. Il n’y a qu’à s’incliner devant ses décisions, fussent-elles injustes et difficilement compréhensibles. Sylvain est du genre à accepter ce qui arrive avec une certaine philosophie. Du genre confiant (ce n’est qu’une épreuve, on va y arriver). Du genre pratique (pas après pas, on trace son chemin). Du genre déterminé (il y a toujours une solution).
Les problèmes de santé d’Amélie l’ont sans doute affecté. Mais il a tâché de ne pas le montrer. Rester positif, rester focus. Soutenir, écouter. Y croire pour deux. Et tout laisse à penser qu’il a eu raison. Pour lui aussi, l’IRM a été une victoire. Lui aussi a maintenant envie d’envisager l’avenir avec plus de sérénité. De reprendre ses projets où il les avait laissés. De pouvoir vivre sans la crainte que tout s’arrête, sans la crainte de devenir un papa solo qui doit subvenir seul à tous les besoins de son petit.
Amélie est là, avec lui, plus que jamais.
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