Les dominos de la vie

Laure Manel · Chapitre 42 sur 153

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Les dominos de la vie

Chapitre 46 - Vie d’Amélie

Vie d’Amélie

 

Après le terrible aveu d’Amélie, le silence qui s’ensuit est si empreint de gravité qu’il leur ôte toute envie : elles sortent du sauna plus tôt que d’habitude et rentrent chacune chez elle sans passer par la case restaurant.

Amélie roule vers sa maison, sans souhaiter y arriver. Elle arrête sa voiture dans une rue voisine, coupe le moteur, et laisse tomber sa tête sur le volant. Quelques larmes se précipitent au bord de ses yeux. Des larmes de tristesse et de culpabilité. D’incompréhension, aussi. Pourquoi est-elle envahie de tous ces sentiments contraires ? Pourquoi se sent-elle tout à coup ambivalente et ingrate ? Elle devrait se réjouir de repartir dans la vie avec Sylvain. Elle devrait se sentir heureuse, vivante, forte. Au lieu de cela, elle remet tout en cause. Jusqu’à son mariage ! A-t-elle perdu la raison ? Elle a bien conscience que tout va très vite dans son esprit, en même temps, elle craint d’être dans le vrai. Une forme d’intuition la guide. Comme si elle savait qu’elle devait trouver son propre chemin. Sauter du train, changer de voie, choisir sa propre destination pour se laisser porter par la vie, voir où elle la mènera. Quitter le train pour une planche de surf. Espérer un beau voyage avec escales, craindre les tempêtes.

Elle éprouve une sorte de vertige. Osera-t-elle vraiment partir ? Quitter sa maison, son mari, son cocon familial, sa sécurité, son confort, même ? Prendre un nouveau départ ? En aura-t-elle le courage, la force ? Ou bien se résignera-t-elle à rester dans sa vie si rassurante, la seule qu’elle connaisse ?

Et Victor, dans tout ça ?

*

* *

Parce qu’il faut bien continuer, parce qu’elle veut essayer, parce qu’elle ne veut pas tout détruire pour un regard, parce qu’elle a envie d’y croire encore, Amélie ne ménage pas ses efforts. Elle cherche à revenir à la normale. Alors elle se noie dans le travail, la vie de famille, les activités, les sorties entre amis avec la volonté d’endormir son esprit. Pour qu’il se taise, pour qu’elle ne l’entende plus. Elle sait faire : quand la maladie avait entamé son travail de gangrène, elle n’avait pas écouté son corps, à présent elle ne veut plus écouter son esprit. Elle préfère jouer à faire comme si. « Tout va bien », récite-t-elle comme un mantra. Après tout, ce qu’elle vit n’est pas différent de ce qu’elle vivait avant. Et avant, elle était heureuse.

Et puis ça serait tellement plus simple pour tout le monde, si rien ne changeait. Pas de drame, pas de cris, pas de besoin de se justifier.

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