Les dominos de la vie
Chapitre 17 - Vie d’Amélie
Vie d’Amélie
Amélie et Victor, de retour de la plage, sont déjà arrivés chez Hélène et Jocelyn. Victor a retrouvé ses deux cousines, Maïwenn et Enora, dix et sept ans. Amélie, en attendant le retour de sa sœur, aide son beau-frère à la cuisine. Ils disposent des biscuits apéritifs, des cacahuètes, des tomates cerises, des cubes de fromage dans des bols, lui prépare un guacamole, elle du houmous. Des pros de l’apéro. Pendant ce temps, David Bowie chante Life on Mars. Et Jocelyn fredonne le refrain en agitant les bras avec beaucoup de conviction.
Hélène arrive avec des cartons de pizzas dans les bras. Elle a préféré passer au camion du coin. Elles sont bien meilleures que celles qu’on achète au supermarché.
Sylvain fait son entrée juste après. Il avait une visite de maison assez tardive pour un samedi. Et malheureusement une visite perte de temps, comme il les appelle. Une visite qui ne donnera rien. Il a du flair pour ça. Souvent dès les premières minutes. Voire au téléphone. Il y a quand même des clients particulièrement exigeants. Ou qui ne savent pas ce qu’ils veulent. Comme s’ils pouvaient faire les difficiles, en ce moment, avec le marché qui est devenu fou dans la région. Parisiens en manque d’air en quête de résidence secondaire, prix qui flambent, maisons vendues en quelques heures, parfois visitées en vidéo. On en est là.
On apporte les victuailles sur la table basse du salon. Jocelyn a sorti des flûtes et des verres à bière. Chacun ses bulles. Hélène verse la crème de châtaignes, puis le crémant pour Amélie et elle. Son mari tire de la Grimbergen du fût. Il y a trop de mousse. Sylvain se moque gentiment de lui.
Ils s’installent. À l’étage, les enfants jouent. On entend des rires, tout va bien. Ils trinquent. Enfin le week-end. Amélie raconte son après-midi à la plage avec Victor, son œuvre, un véritable Carcassonne, la mer impitoyable. Elle leur montre des photos, pour preuve, sur son téléphone. Jocelyn a emmené les filles au cinéma. Quelle drôle d’idée, par ce beau temps ! Il en convient, aurait préféré prendre l’air aussi, aller faire du bateau par exemple. Mais Maïwenn et Enora voulaient aller voir ce dessin animé.
– Et comme tu ne leur refuses rien… avance Hélène avec plus de tendresse que de reproche dans la voix.
– Oui, je suis faible, avoue Jocelyn. L’autorité n’est pas mon fort, mais je ne vous apprends rien. Je suis tellement content de passer du temps avec elles…
Jocelyn est ingénieur et ne compte pas ses heures. En semaine, il arrive souvent qu’il ne croise même pas ses filles. Le week-end, il essaie de compenser ses absences… à sa manière.
Les enfants, justement, dévalent les escaliers. Ils ont raté le début de l’apéritif et comptent bien se rattraper en piochant dans les bols, comme des corbeaux affamés qui s’abattent sur un champ. Hélène a enfourné une pizza pour eux. Victor s’installe sur les genoux de son père, applique un baiser sur sa joue. « Tu piques, papa ! » l’accuse-t-il en riant. Sylvain sourit à Amélie, qui le lui rend. C’est un sourire de parents complices et fiers de leur progéniture.
Les enfants remontent. Les adultes reprennent leur conversation. On parle fin d’année scolaire, vacances d’été. Et tout à coup, sans crier gare, Amélie annonce :
– Je vais me faire tatouer.
Trois paires d’yeux s’arrondissent. Et une bouche.
– Toi, un tatouage ?!
Hélène n’en revient pas. Éclate de rire devant cette nouvelle incongrue. Sylvain fronce les sourcils, et enchaîne :
– Chérie, dis-moi que c’est une blague…
Tous attendent ses explications, car un tatouage, ça ne cadre pas avec Amélie. Aucun d’entre eux n’en a, d’ailleurs, autour de cette table. À elle de se justifier, de dire son besoin de marquer sur sa peau la grande étape qu’elle est en train de vivre. Après l’épreuve, la renaissance. Elle voudrait trouver un motif qui symbolise cette idée, voilà tout. Hélène comprend, Jocelyn reste perplexe, Sylvain ne dit rien. Ils en reparleront quand ils seront seuls, à la maison.
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