Les dominos de la vie
Chapitre 26 - Vie d’Amélie
Vie d’Amélie
La maison de Nadine, la mère d’Amélie, se situe dans un quartier résidentiel de Plougastel-Daoulas, non loin de Brest. C’est une maison typique, avec des blocs de granit gris qui entourent les portes et les fenêtres, au jardin luxuriant. La douceur du climat favorise la croissance des plantes et des fleurs. On trouve ici, d’ailleurs, bien des variétés méditerranéennes.
Pendant que Victor enchaîne les descentes de toboggan, sa mère et sa grand-mère prennent le thé en terrasse, sous un généreux soleil de mai.
– Elle m’a accueillie en m’appelant par mon prénom, puis ne m’a parlé qu’en breton… soupire Amélie, soucieuse. Donc, évidemment, je n’ai rien compris.
– C’était une journée sans.
– Je me fais du souci pour elle. J’ai l’impression qu’elle s’enfonce dans la maladie et que bientôt nous n’arriverons plus du tout à communiquer.
– Je sais bien… Il faut s’y préparer. La dernière fois que je l’ai vue, elle a parlé un français-breton très aléatoire et voulait que j’aille sur la tombe de Gaël avec ton père… Je n’ai pas trouvé la force de lui rappeler, pour Yann…
– De toute façon, la mort de papa, c’est ce qui a tout précipité. Je crois que c’est le choc qui lui a fait perdre les pédales.
Un silence vient se placer entre elles. Amélie n’évoque pas souvent son père avec sa mère. Non que ce soit tabou. Par pudeur, plutôt. Sept ans déjà, mais toujours cette difficulté à en parler, à trouver les mots.
– Ça va, toi ?
Nadine sait bien que cette question est à relier avec le sujet précédent. Elle sous-entend « par rapport à papa ». Elle opine avec un léger sourire, un peu triste qui signifie : « On fait aller. Ce n’est ni pire ni mieux que d’habitude. » Le manque est toujours là, vif. Les parents d’Amélie étaient encore très proches, très amoureux. Bien plus que les couples d’un certain âge qu’elle croise, dans sa clientèle ou dans la famille, dont l’alliance tient plus du compromis. Eux, ils étaient heureux et amoureux comme au premier jour, discutant, riant, s’embrassant, se tenant la main, élaborant toujours des projets. Un modèle à ses yeux. Elle avait toujours rêvé de leur ressembler, de trouver l’âme sœur et de vivre un amour grand comme celui-là. Elle sait bien, au fond d’elle, même si elle n’aime pas se l’avouer, que l’amour qui l’unit à Sylvain est plus petit.
– Et toi, comment vas-tu ?
Ce n’est pas un simple « ça va ? » machinal, qu’on lance après une bise. C’est demandé avec sérieux. C’est une vraie question. Celle qui dénote une réelle profondeur et le souci de l’autre. Celle qui veut une vraie réponse.
– Bien.
Amélie ne sait pas quoi répondre d’autre. Que dire de plus que sa mère ne sache déjà ? Sa santé va dans le bon sens, elle est heureuse au travail et en famille. Tout va bien.
Tout va terriblement bien.
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