Les dominos de la vie
Chapitre 141 - Vie d’Amélie
Vie d’Amélie
Pensez (…) au monde que vous portez en vous (…).
Ce qui survient en vous, au plus intime, mérite tout votre amour,
il faut, d’une façon ou d’une autre, y travailler (…).
R.M. Rilke, Lettres à un jeune poète
– Je crois qu’il vaudrait mieux qu’on arrête.
Des mots en forme de bombe, juste après l’amour. Amélie a suspendu son sourire, s’est figée. A articulé un :
– Pourquoi ?
– Au fond de toi, tu sais pourquoi. Amélie… Tu sais comme je t’apprécie, comme j’aime les moments avec toi. Tu savais aussi qu’il y aurait une fin. De toute façon, il y a toujours une fin…
Amélie note le pessimisme désabusé de Thomas qui revient et qui prouve que ses blessures postséparation sont encore vives. Il poursuit sur sa lancée :
– J’avais posé des conditions, et on était d’accord, n’est-ce pas ?
Amélie opine avec gravité. Mais elle n’a pas aimé son « je t’apprécie ». Tellement amical, euphémistique, si en deçà de la réalité.
– On s’attache trop. Toi, surtout, peut-être. Mais moi aussi, sans doute, par rapport à ce que j’étais prêt à envisager. Et ce n’est pas bon. Je ne voudrais pas que ça finisse mal. J’ai peur, un jour, de te faire du mal. Parce que je ne suis pas prêt. Parce que, je te l’ai dit, je ne veux pas de grande histoire. Et je ne veux pas que ça le devienne. Que ce soit trop sérieux. Qu’on perde en légèreté. On avait dit que le meilleur, du bonheur, du plaisir partagé. Un jour, tu me reprocheras de ne pas t’aimer. Et je t’en voudrai pour tes sentiments.
– Il y a déjà des sentiments…
– Je sais. C’est pour ça…
– C’est pour ça que tu fuis… constate Amélie avec amertume.
– Tu vois. Tu arrives à me faire des reproches. Comme si tu m’accusais de lâcheté, alors que c’est ce qui était entendu.
– Je sais que tu as raison. Pardonne-moi juste d’être déçue…
Il se retourne vers elle, lui caresse la joue avec bienveillance.
– Tu es une femme super. Tu as tout pour rendre un homme heureux. Et toute la vie devant toi. Alors prends le temps. Je suis sûr que tu rencontreras un jour celui qu’il te faut. Mais pas tout de suite. Parce que tu es comme moi : ce n’est pas encore le bon moment. C’est trop tôt.
– Merci…
– C’est sincère.
– Je sais…
Elle a un sourire triste. Quitte le lit pour ne pas faire durer ce moment difficile, ramasse ses affaires calmement malgré son cœur en miettes qui bat dans sa poitrine. Se rhabille en tremblant, sous les yeux désolés d’un Thomas en proie au doute.
Avant de partir, elle se tourne vers lui. Lui dit merci pour tout ce qu’il lui a apporté et qui n’est pas rien… Il la prend dans ses bras. Une dernière fois.
– C’était une jolie histoire, conclut-elle les yeux embués.
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