Les dominos de la vie

Laure Manel · Chapitre 2 sur 153

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Les dominos de la vie

Chapitre 1 - Vie d’Amélie

Vie d’Amélie

 

 

C’est une douce journée d’avril. Ressemblant à toutes les autres. Ciel bleu entrecoupé de cumulus blanc moiré, fraîcheur que le soleil breton peine à réchauffer. Il fera bon dans l’après-midi. À moins que la pluie ne s’invite d’ici là.

L’agence d’Amélie se trouve en plein centre-ville de Quimper, dans une charmante rue piétonne donnant sur la cathédrale Saint-Corentin, au milieu des commerces, des restaurants, et surtout des jolies maisons à pans de bois colorés, souvenirs des temps anciens, qui jalonnent cet espace et se marient si bien aux vieilles pierres.

Lorsqu’elle franchit le seuil de L&A Déco, Loïc est déjà là, comme à peu près tous les matins, face à son ordinateur, sa tasse de café dans la main gauche, la souris dans l’autre. Matinal et affairé. Célibataire, sans enfants. Ceci expliquant peut-être cela. Amélie, elle, a déposé Victor à l’école maternelle. Puis elle est repassée chez elle parce que, comme souvent, elle a peiné à sortir du lit, a préparé son fils en priorité, mais n’a pas eu le temps de s’occuper d’elle, de prendre sa douche, de se pomponner, de déguster son café italien dans le calme en lisant le journal. En arrivant à 9 h 30, elle n’est de toute façon pas officiellement en retard. L’agence n’ouvre aux clients qu’à 10 heures. Et puis, elle pourrait tout à fait être en rendez-vous extérieur. L’avantage, aussi, de n’avoir de comptes à rendre à personne. Loïc n’est pas son patron, il est son associé. Et son meilleur ami.

Elle s’approche de lui, il se lève, ils échangent une embrassade chaleureuse, puis elle se dirige vers son bureau, retire son imperméable, son foulard, les dépose sur le portemanteau en bois flotté, allume son ordinateur, va se préparer un café serré dans l’arrière-boutique, puis revient avec sa tasse fumante et s’installe devant sa table de travail, écoute les éventuels messages laissés sur le répondeur du téléphone de l’agence, fait craquer ses doigts avant d’ouvrir sa boîte mail. La douce routine d’un matin ordinaire.

– Je te sens nerveuse…

La remarque de Loïc l’étonne un peu. Bien sûr qu’elle est nerveuse intérieurement depuis quelques jours. Mais cela se voit-il tant que ça ? Qu’est-ce qui, dans ses gestes, l’a déjà démontré ce matin ? Un regard crispé, un soupir échappé, un rythme plus soutenu, moins de fluidité ?

– C’est dans deux jours, lui rappelle-t-elle simplement.

Il dit : « Ah, mais oui ! » d’un ton presque enthousiaste. Puis il s’emploie à la rassurer, lui faire croire que tout va bien se passer, que les nouvelles seront bonnes. Elle l’écoute distraitement. Qu’en sait-il ? Il cherche simplement à la rasséréner. Mais il n’a ni certitude, ni pouvoir, ni compétences en la matière. Il est juste son ami.

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