Les dominos de la vie
Chapitre 126 - Flash-back
Flash-back
Le moment tant attendu arrive enfin : tu te rends à Villejuif avec ton dossier médical (dont la dernière IRM en date qui montre que la tumeur principale approche les cinq centimètres) pour rencontrer la chirurgienne, madame T. Tu seras également examinée par un gynécologue. Ils vont faire le point sur ton cas.
Le lieu en impose. Avec ses couleurs, son équipement et ses bâtiments modernes, et malgré sa fonction, tu ne trouves pas l’endroit sinistre. Pas comme le centre anti-cancer de ta ville, qui ressemble à un mouroir. Ici, les gens que tu croises sourient, pour la plupart. La gravité flotte partout, mais l’espoir aussi, comme s’il l’emportait. Ce qui te fait mal, c’est de voir les enfants malades. Tu te sens tout à coup chanceuse.
Le docteur T. t’explique que non, elle ne t’opérera pas. Parce que cela ne servirait à rien. Tu entends ce qu’elle te dit. Tu veux bien le comprendre. Mais alors quoi ? Que va-t-on faire pour toi ? Il y a des choses à tenter, divers traitements envisageables. Comme il n’y a pas de protocole, les dossiers des patients passent en comité le lundi. Ils se réunissent entre médecins pour décider de la prise en charge, qui peut être multiple (on te parle d’immunothérapie, de curiethérapie, on exclut les rayons, car ils brûleraient trop large). Elle te propose de revenir dès que le comité aura statué sur ton cas.
Quelques jours plus tard, tu rencontres l’oncologue qui te suivra dorénavant à l’IGR : le docteur C. Il t’explique qu’ils ont tenté il y a six mois un traitement sur une femme qui est atteinte de la même pathologie que toi, au même endroit (tu te sens moins seule), et qui donne de premiers résultats encourageants. Il s’agit d’un petit cocktail composé de Tamoxifène (en doublant la dose que le docteur É. t’a prescrite il y a trois mois), de Zoladex (ton implant hormonal mensuel) et de la Navelbine, une chimiothérapie orale sous forme de comprimés à prendre chez soi. Chimio… un mot sérieux. Un mot qui fait peur (mais on t’a expliqué que cette molécule ne te ferait pas perdre tes cheveux). Un mot qui te rassure, dans lequel tu fondes beaucoup d’espoirs. Trois petits comprimés hebdomadaires. Juste trois. Tout petits. Comprimés. Tu te demandes comment ils peuvent avoir autant d’effet. Leur prix sur la boîte te scotche : chaque comprimé coûte 100 euros. Tu te demandes combien coûte une séance de chimiothérapie à l’hôpital. Sans doute bien plus. Tu as une pensée émue pour ton pays, envie de dire « merci » à la sécu… Tous les humains sur Terre n’ont pas la chance d’être soignés à ce prix.
Tu reviendras dans trois mois, après une nouvelle IRM.
Soudain, l’espoir. Enfin, l’impression d’être au meilleur endroit, entre les meilleures mains qui soient.
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