Les dominos de la vie
Chapitre 103 - Flash-back
Flash-back
L’IRM suivante montre que la tumeur a encore grossi. Le couple Tamoxifène-Zoladex n’est donc pas magique. Tu t’en doutais un peu… Un claquement de doigts ne suffit pas. Ce n’est pas en deux mois que ton cycle peut s’arrêter, que tes hormones peuvent s’endormir, que tout ça peut impacter l’évolution de ta tumeur et suspendre la multiplication des cellules cancéreuses. Il faut du temps. Le résultat de cette IRM n’est donc que logique. Tu avais beau t’y attendre, tu ressors anéantie. L’épée au-dessus de ta tête est toujours là. Tu es et resteras en lutte contre cette masse invasive, sournoise, invisible, que tu portes à l’insu de tous comme un fardeau.
Plus que jamais, tu as besoin de voir Mme B. Comme à chaque fois, tous les quinze jours, tu quittes son cabinet mieux que tu y es entrée.
Mme B. apaise ton esprit, ce qui est déjà énorme. Mais, même si tu le voulais, même si le moral et la confiance sont primordiaux dans la guérison, cela n’a pas d’influence sur tes cellules, sur la taille de ta tumeur.
Tu veux être opérée avant qu’il ne soit trop tard. Le docteur É. te dit qu’il est en lien avec une chirurgienne de l’IGR et que pour l’instant il n’en est pas question. Il faut attendre de voir comment ton corps réagit au traitement. Tu as envie de hurler : « Mais vous voyez bien qu’il ne réagit pas ! »
Tu te décides à appeler l’IGR. On te passe le service de la médecin dont tu as le nom. Tu donnes le tien. Non, ils ne trouvent rien. Ils ne te connaissent pas. Tu expliques que ton oncologue a transmis ton dossier médical, les IRM, les comptes rendus, qu’il est en contact direct avec eux. Non, vraiment. Il n’y a aucune trace de toi chez eux.
Tu raccroches. Le temps de mesurer l’ampleur du foutage de gueule… La colère bout en toi. Le docteur É. t’a donc menti. Mais pourquoi ? Par orgueil ? Parce qu’il croit en savoir autant que les spécialistes d’un centre de référence ? Où est le sérieux ? Où est la prise en charge du patient quand on se joue de lui ? Où est le respect ? Tu es quoi, pour lui ? Un cobaye, un pion, un numéro ? Il a misé sur son traitement avec légèreté. Il n’y a aucun enjeu pour lui. Il n’écoute pas tes craintes, tes souhaits. Il se fiche bien que ta tumeur enfle et t’envahisse. Ce n’est pas lui qui vit avec. Il ne se met pas à ta place. Peut-être qu’il ne prend pas ton cas au sérieux. Après tout, il suit des patients qui risquent de mourir. Toi, non. Toi, tu ne risques plus grand-chose. Alors il peut te faire attendre. Il peut regarder ta tumeur évoluer. Trouver cela encore « non significatif ».
Tu rappelles l’IGR. Tu veux un rendez-vous avec la chirurgienne.
Tu iras là où c’est le mieux pour toi.
Parce que ta guérison en dépend.
Parce que ta vie en dépend.
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