Lignes de fuite

Harvey John · Chapitre 30 sur 62

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Lignes de fuite

Chapitre 30

30

Certaines caravanes semblaient habitées à l’année, même si les signes de vie étaient rares. La plupart étaient vides, en attente des locations d’été : à partir de six cents livres la semaine pour deux banquettes. D’un côté, une rangée de stands en béton déserts, déjà pris d’assaut par les mauvaises herbes, les premières fissures visibles. Une couche de peinture avant le début de la saison, quelques plantes fleuries, un coup de balai. Le kiosque pour l’instant abandonné vendrait du lait et du pain, du gaz Calor, des DVD bon marché et des journaux.

Dans un coin, quelqu’un avait démonté une vieille remorque, laissant les planches fendues, le châssis rouillé. Le soleil apparut soudain dans le ciel bas et le métal étincela brièvement.

Jack Kiley avait rappelé à la première heure.

Anton Kosach faisait l’objet d’une enquête dans une affaire de blanchiment d’argent. On le soupçonnait également de traite d’êtres humains, de prostitution et de trafic d’armes. La totale.

Il avait été surveillé et interrogé, mais jamais mis en examen.

– Un type charmant, avait commenté Kiley.

Cordon consulta sa montre. 9 h 45. Le train régional s’engouffra dans le tunnel. Prochain arrêt, la gare de Warrior Square, à Hastings. Derrière lui, les arbres à l’orée du bois se penchaient les uns vers les autres, hauts et nus. La poussière qu’il soulevait en marchant formait une fine pellicule grise sur ses chaussures.

Il se baissa vers la remorque déglinguée et choisit une barre de fer rouillée, avant de se glisser entre deux caravanes vides.

Quelques minutes plus tard, une voiture ralentit et, sans mettre son clignotant, pénétra sur le terrain. Une Mercedes gris métallisé, jantes en alliage d’aluminium. Pas très discret.

Le moteur se tut. Le conducteur attendit un moment avant de sortir. La portière se referma derrière lui avec un déclic doux et net. Large d’épaules, pas très grand, il portait un blouson Nike bleu. Un peu moins de quarante ans ou à peine plus, décida Cordon. Un homme qui commençait à se laisser aller.

Il consulta encore sa montre et baissa la fermeture à glissière de son blouson. La barre de fer plaquée contre sa cuisse, Cordon avança.

– Hé, vous êtes qui ?

– Peu importe.

– Où est la femme ? Le gosse ?

– Ils ne viendront pas.

– Ils ont intérêt à se ramener. Ils devraient déjà être ici.

Il était rouge, les joues gonflées.

Cordon s’approcha, prenant son temps.

– Vous n’avez pas compris ce que j’ai dit ?

– Pas de ça avec moi. Vous les appelez, qu’ils rappliquent tout de suite, ou vous allez le regretter.

Cordon fit signe que non. Il sentait les bords aigus de la barre de métal qui mordaient sa paume.

L’homme tourna la tête et cracha par terre, puis, comme sur une impulsion soudaine, il se pencha en avant, la main dans le dos, cherchant son arme.

Conscient qu’il n’aurait sans doute pas d’autre occasion, Cordon frappa sans hésiter, visant l’intérieur du coude. Il y eut un craquement et son adversaire hurla.

– Putain, tu m’as cassé le bras !

Sur sa lancée, Cordon lui assena un deuxième coup, au genou cette fois, qui l’envoya au sol, face contre terre. Il appuya le pied sur la jambe blessée et prit le pistolet qui se trouvait contre les reins de l’individu. Il mit le chargeur dans sa poche et jeta l’arme aussi loin que possible.

– Tu vas regretter ça le restant de ta vie.

– Et j’espère qu’elle sera longue.

Cordon pressa le bout rouillé de la barre contre le front en sueur de l’homme, ignorant la douleur dans ses yeux.

– Un message pour Anton…

– Je connais pas d’Anton.

– Alors, pour celui qui t’a envoyé de sa part. Vous leur foutez la paix. À la femme et au petit. C’est pas des manières.

Il contourna l’homme afin de récupérer les clés dans la Mercedes et les lança de toutes ses forces. Elles décrivirent un long arc au-dessus d’eux avant d’atterrir au milieu des arbres.

– Fils de pute ! Connard ! Tu vas le payer ! Je te promets que tu vas le payer !

D’une manière ou d’une autre, sans doute, oui, songea Cordon qui s’éloignait, le souffle court, le cœur cognant contre sa poitrine. Mais en attendant, il s’en était tiré sans une égratignure.

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