De rage et de lumière

Jeanne Pham Tran · Chapitre 33 sur 80

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De rage et de lumière

Un cœur simple

Happée par l’atmosphère du cimetière, j’entre dans une autre dimension, une région enfouie de moi-même, celle des gouffres et des songes anciens. La mort est frappée ici de rais de lumière, presque blessante quand elle réussit à s’infiltrer entre les feuillages. Quant aux âmes errantes qui flottent par milliers, je les entends chuchoter, s’ébrouer, palpiter, hurler au diapason des oiseaux, des geckos, des bêtes invisibles. J’arpente les allées humides et désertes, tente de déchiffrer les inscriptions gravées dans la pierre. Des soldats et marins anglais essentiellement, parfois des familles entières. Des morts venus de si loin. Le voyage n’avait pas le même sens qu’aujourd’hui. Si l’on survivait à la traversée, il fallait ensuite affronter les maladies tropicales. Alors ces voyageurs étaient-ils insensés ? Que cherchaient-ils ? De l’or, des richesses, des denrées pour faire du commerce. Des populations à convertir, des femmes, ou encore l’honneur, la gloire de voir son nom apposé à une région. Le monde était un immense champ de bataille, il fallait se tailler sa part, conquérir et marquer son territoire. Personne ne venait « en touriste », par curiosité ou par goût de l’exotisme. Encore moins « faire de l’humanitaire ».

 

Un cœur simple

— J’aimais votre pauvre maman.