De rage et de lumière

Jeanne Pham Tran · Chapitre 41 sur 80

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De rage et de lumière

La musique klezmer

— Si vous aviez vu la tête de mes parents ! s’exclame Jack. Ils rêvaient que je sois rabbin ou banquier, et me voyaient passer mon temps libre à la ferme. À vrai dire, j’étais plus à l’aise avec les bêtes qu’avec les gens de mon âge. Et puis l’étudiant accompli joue au tennis ou au cricket. Comment pouvais-je leur arriver à la cheville, moi qui n’avais étudié que la Torah ?

— Vous n’aviez pas d’amis ?

— J’ai quand même eu quelques amis. Des homosexuels ou des marginaux. Nous étions différents. Cela a contribué à nous rapprocher je crois.

 

La musique klezmer

Au moment de le quitter, je vois Jack fouiller dans ses vieux cartons. Il en sort une cassette audio couverte de poussière et un magnétophone Sony noir qui semble avoir l’âge de son propriétaire :

— C’est ma sœur qui me l’a enregistrée. J’écoute cette K7 depuis trente ans. Il paraît que ces choses-là ne sont plus commercialisées. Ni les magnétophones d’ailleurs. Mais lui aussi, il marche encore !

Purcell, Tchaïkovski, Haendel s’élèvent gravement dans la pièce et couvrent presque la musique Bollywood. Jack me raconte les gramophones aux larges corolles, les disques noirs en bakélite.

— Quelle musique écoutiez-vous enfant ?

— La musique klezmer. Vous connaissez ?

— Pas vraiment.

Jack se penche de nouveau sur la boîte en carton et saisit une nouvelle K7. Il me demande de l’insérer dans le magnétophone.

— C’est la musique juive ashkénaze, au croisement des mélodies slaves et tziganes, m’explique Jack.