De rage et de lumière
Et tu danses
— J’ai si peur d’oublier sa voix, son visage.
— Tu as gardé la voix de maman dans ton téléphone ?
— J’ai réécouté l’autre jour un ancien message. Sa voix était si proche. C’était vraiment bizarre. J’avais l’impression qu’elle était là, qu’elle venait de laisser ce message et que j’allais la rejoindre juste après. Tu sais, j’ai cru pendant un moment qu’elle n’était pas morte. Sa voix était si vivante.
— Moi, je sais pas si je veux réécouter tout ça.
— C’est comme la voix d’un fantôme.
— Ou d’un ange.
— Je l’imagine dans sa robe à fleurs, avec ses longs cheveux blonds. Nous, on avait les cheveux bruns, alors les cheveux de maman, c’était de l’or.
— Une déesse.
— Tu te souviens, elle disait toujours quand on l’agaçait : Sainte Patience, priez pour moi.
— Une sainte.
— Elle n’aimait pas beaucoup les églises pourtant. Elle trouvait ça sinistre. Elle voulait toujours que l’on s’habille avec des couleurs gaies. Sinon elle disait : C’est tristoune.
— Elle mettait la musique à fond dans le salon. Elle adorait danser. Je crois même que c’est à cause de ça qu’elle est tombée amoureuse de papa. Il dansait bien le rock.
— Elle se levait la première le matin et elle mettait toujours un disque pour nous réveiller. Cabrel, Barbara, Moustaki…
— Et Johnny !