De rage et de lumière
Rage against the dying of the light
Jack est passé d’une vie d’ermite à l’une des villes les plus peuplées du monde. Même s’il s’est habitué au boucan du Number 10, il se souvient parfois avec étonnement de la solitude du pays de Galles.
— On dit que la solitude rend fou. Peut-être est-ce pour cela que j’ai entendu le Paraclet, plaisante Jack. Enfin, j’étais entouré de bêtes ! Puis j’ai commencé mes études de médecine. Et j’ai réappris à fréquenter des hommes.
À 34 ans, Jack s’inscrit au collège de Swansea, à trois heures de route de Gernos, pour suivre des cours avant de déposer sa candidature dans une fac de médecine. Il embauche alors un gars à la ferme qu’il loge et nourrit contre son travail.
— J’ai beaucoup aimé cette année-là. Les allers et retours en voiture le long de la côte. À force de passer dans ton champ, tu ne le vois plus. Tu as des gestes mécaniques. Tu n’es plus aussi attentif à ton environnement. Alors, il faut partir, prendre du recul.
Ce rythme pendulaire entre Swansea et Gernos le fait retomber en adolescence. Avoir des professeurs, être à l’heure, rendre des copies. Jamais il n’aurait imaginé reprendre les études. Néorural avant l’heure, puis médecin sur le tard, je m’interroge sur sa double vocation, sur cette façon qu’a Jack de sans cesse sortir du sillon.
L’été, Jack héberge des étudiants qui se font de l’argent de poche et apprennent le métier en l’aidant. Cathy fait partie de ces saisonniers. La vingtaine, un joli visage rond sous ses cheveux courts en bataille, des yeux pétillants et rieurs, aussi menue et agile qu’une biche, elle arrive à Gernos comme un rayon de soleil qui viendrait éclairer une grotte restée dans l’obscurité pendant des années. Son rire éclate dans l’air devenu trop épais de silence. Désarçonné par tant de simplicité, Jack se surprend à se lever le cœur léger pour aller traire les vaches le matin. La vie prend un nouveau tournant. La douceur a fait irruption dans la rugosité du quotidien.