De rage et de lumière

Jeanne Pham Tran · Chapitre 65 sur 80

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De rage et de lumière

Agir

Avant cette annus horribilis, Jack ne connaissait pas le Bangladesh. Il rêvait d’Amérique du Sud… Quand il arrive à Dacca en août 1972, les camps de réfugiés explosent. Plus de dix millions de Bengalis tentent de survivre depuis neuf mois dans ce delta situé à la confluence du Gange, du Brahmapoutre et de la Meghna. Neuf mois de guerre, de massacres, de viols. Neuf mois sans soins ni aide. Le temps d’une gestation et le temps d’un charnier.

Il faut ouvrir une carte de la région pour comprendre la complexité et l’absurdité de la situation géopolitique de ce pays maltraité par l’Histoire.

— Mettez ensemble les inondations les plus dévastatrices, la pauvreté et la densité de la population les plus fortes au monde, sans parler du découpage des frontières totalement délirant, vous avez le Bangladesh, m’annonce Jack.

À Dacca, ce que voit Jack ne se raconte pas. Pendant sept ans, il sillonne le pays pour soigner sans penser au lendemain. Au moment où nous parlons dans la chambre du Number 10, des milliers de réfugiés traversent la Méditerranée.

En 1975, tandis que Jack continue de construire des camps de réfugiés au Bangladesh, en France, on vote la loi Veil, en Angleterre, on écoute Led Zeppelin, on voit Barry Lyndon et les Monty Python, Bob Marley chante No Woman No Cry, les violences reprennent en Irlande du Nord, les Khmers rouges entrent à Phnom Penh et Pasolini est assassiné sur la plage d’Ostie.