De rage et de lumière

Jeanne Pham Tran · Chapitre 48 sur 80

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De rage et de lumière

Les moulins de Calcutta

En sortant du Number 10, je me rends dans l’une des cliniques créées par Jack, curieuse de rencontrer les personnes avec lesquelles il travaille. On reconnaît de loin le quartier de Tara Sankar Sarani grâce au gigantesque tank qui le domine. On croirait un édifice sorti d’un inquiétant film d’anticipation. On dirait un vieux cargo perdu dans le ciel. Plus de 40 000 tonnes d’eau.

Imaginez un colossal réservoir couvert de rouille d’une superficie d’environ 10 000 mètres carrés à une trentaine de mètres du sol sur un enchevêtrement de poutres et de piliers en acier. Je longe sans le savoir la plus grande citerne d’eau surélevée du monde. Construit au tout début du XX e siècle pour pallier les pénuries d’eau dans la ville déjà peuplée d’un million d’habitants, le Tala Tank est une prouesse d’ingénierie. Ce tank centenaire a survécu aux bombardements japonais grâce à d’ingénieux administrateurs ayant fait recouvrir d’herbe le toit du réservoir pour imiter un stade de foot vu du ciel. Sans parler du séisme de 1934 qui a ravagé la région.

À l’ombre du fameux tank suspendu, la Talapark Clinic fait figure de frêle bâtiment. Le docteur Lahiri m’accueille avec le sourire éclatant d’une dame que la beauté n’a pas quittée malgré ses 73 ans. Imposante dans son sari violet, les bras cerclés de bracelets dorés, elle est pédiatre à Talapark. Issue de la bourgeoisie indienne, elle a fait ses études de médecine à Calcutta. Quand elle a entendu parler de Jack en 2006, elle venait de prendre sa retraite.