De rage et de lumière
Une Kingfisher
Dans cette Haute-Vienne, toute en courbes et chemins creux, les feuilles mortes s’agitent dans les sous-bois au moindre mouvement, j’entends la fugue d’un mulot, les conciliabules des oiseaux, la chute d’une noisette amortie par sa petite capuche verte, la vie secrète des forêts.
Tout me parle de toi. Ton âme repose sur les hauteurs, là où la pierre est gorgée de soleil.
Une Kingfisher
Il est 11 heures passées à l’horloge de Girish Park. À l’approche de Durga Puja, les divinités empiètent chaque jour un peu plus sur la voie. Un pandal s’élève même devant la station essence. Un temple à l’effigie du dieu pétrole ? Après des salamalecs au gardien bedonnant du Number 10, je me faufile entre les enfants jusque dans la grotte de l’Ours.
Je lui tends une bouteille encore fraîche, achetée dans une échoppe du boulevard. Jack la saisit et demande brusquement :
— Comment saviez-vous ?
— Votre cuisine est remplie de Kingfisher vides.
— Vous voulez donc me faire boire…
Jack décapsule la bouteille à l’aide d’un couteau pendant que je prends place sur le fauteuil en bambou désormais familier.
— Ce n’est pas la bière galloise, mais elle n’est pas mal.
Il sert un verre de Kingfisher et j’ai l’audace de croire qu’il prend un certain plaisir à la boire.
— Je vais vous faire une confidence, me dit Jack avec un léger sourire malicieux.