Getting up together

Marine Conan · Chapitre 1 sur 68

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Getting up together

Prologue

Arthur

29 mai 2022

 

mieux trouvé. L’ambiance est pesante. Les gens se recueillent devant L a musique résonne dans l’église, morne et triste. Elle correspond parfaitement à ce moment. Ça n’aurait pu être le cercueil ouvert. C’est drôle d’observer ce corps dans ce costume sombre, ce visage si pâle. La mort a installé son masque de froideur et d’indifférence. L’embaumeur aussi a dû faire des siennes, car j’ai du mal à reconnaître celui qui gît sous les regards malheureux de l’assemblée.

Moi. Mon propre corps. Mon propre visage. Exposés aux yeux de tous.

Au premier rang, mes parents, mon frère jumeau et mes grands-parents. Derrière, quelques autres membres de la famille que je n’ai pas croisés depuis plusieurs années. Nous n’avons jamais été très soudés… Des gens que je connais à peine, des voisins puis surtout mes copains du lycée. C’est rare de les voir avec des gueules aussi sérieuses. Ce n’est pas leur genre. Surtout Ange, mon meilleur pote. Cette tête de con rit de tout, tout le temps.

Lorsqu’il se lève, je constate que ses épaules sont voûtées. Il a l’air d’avoir cinq ans de plus, voire dix. Il prend place derrière le micro, sur l’estrade, juste devant mon cercueil. Pendant un instant, le silence règne, lourd et glacial. La musique s’est stoppée, je ne l’avais pas remarqué avant.

— Je… Je ne pensais pas me trouver un jour dans cette situation. Devoir vous parler d’Arthur en sachant qu’il n’est plus là et que je ne le reverrai jamais, c’est horrible. C’est plus que ce qu’on devrait avoir à supporter.

Il détache son regard de la feuille de papier qu’il a étalée sur le petit plateau et soupire. Merde, j’ai les yeux qui me piquent. Comme une envie de pleurer.

On pleure encore quand on est mort ?

— Arthur était comme un frère pour moi, celui que je n’ai jamais eu et que je n’aurais plus la chance d’avoir à mes côtés, reprend-il d’une voix enrouée par l’émotion. Il m’a soutenu depuis presque toujours. C’est grâce à lui que je joue au basket-ball et que c’est devenu une telle passion. C’est aussi lui qui m’a permis d’améliorer mon niveau en maths.

Et lui, mon espagnol !

— Il pouvait être con parfois, souvent. Je ne sais pas qui de nous deux était le meilleur à ça à vrai dire. Mais c’était un ami loyal et honnête. Je me demande à quoi va ressembler ma vie sans lui, maintenant. Cette question me terri e. Devoir affronter chaque lendemain qui m’attend sans son rire risque d’être l’une des pires épreuves que j’ai connues.

Il se racle la gorge. Ses yeux sont trop brillants. Des larmes s’y cachent, qu’il tente de dissimuler de son mieux. Il replie la feuille en quatre et la fourre dans sa poche avant de quitter l’estrade d’un pas vif. Des applaudissements se font entendre lorsqu’il se rassoit à côté de Bonnie, ma petite amie. Elle lui attrape la main et Cosme, son meilleur pote, lui adresse un sourire timide. Qu’est-ce qu’il fout là, lui ? On n’a jamais été proches… Il doit être là pour soutenir ma meuf. Il ne m’a jamais apprécié. Sans doute parce qu’on passait notre temps à le faire chier avec d’autres mecs de l’équipe de basket du lycée. Je ne suis pas er quand j’y repense. Un vrai petit con. Ange est pire, je crois.

Mon père se lève et prend place à son tour derrière le micro. Sa chemise noire lui donne un air de pasteur bien sous tous rapports. Ses cheveux sont plus longs que d’habitude, sa barbe mal rasée. Il y a du laisser-aller, papa, ce n’est pas ton genre !

Il déglutit et adresse un sourire qui sonne faux à l’assemblée.

— Merci à tous d’être venus pour honorer la mémoire de notre ls. Arthur serait touché qu’on soit aussi nombreux. Nous allons maintenant écouter une dernière messe et nous partirons au cimetière pour l’accompagner dans la demeure qui l’accueillera désormais.

Il rejoint ma mère. Mon cœur se serre lorsque je vois ce bout de femme recroquevillée sur elle-même. Ses longs cheveux blonds sont noués en un chignon strict et elle est vêtue d’une robe noire qu’elle ne possédait pas avant. Elle a l’air de porter le monde sur ses épaules. C’est plus que ce que je ne peux supporter. On a toujours eu une relation fusionnelle, elle et moi.

Tyler, mon jumeau, est proche de mon père. Moi, je suis un ls à maman et je ne m’en cachais pas. Je n’ose imaginer ce qu’elle ressent. Le même vide sans doute que moi actuellement. L’impression que plus rien n’a de sens. Sauf qu’elle, elle est vivante. Sa vie va continuer. Moi, je ne suis plus qu’une âme perdue dans cette immensité.

La musique retentit de nouveau et le pasteur prend la parole pour prier pour moi.

Merci vieux, dommage que la religion et moi, ça ait toujours fait deux.

Il est temps que je parte d’ici. Je n’ai plus ma place parmi ces gens que j’aime plus que tout. Ils sont la vie, je suis la mort.

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