Getting up together

Marine Conan · Chapitre 17 sur 68

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Getting up together

Chapitre 16

 

J Cosme e frappe à la porte de la maison de Bonnie. Son père m’a

envoyé un SMS pour me dire qu’elle n’était pas bien. Il l’a

entendue pleurer une partie de la nuit. Voilà ce qui explique pourquoi je me trouve devant chez eux au lieu d’être parti faire un tour de vélo comme j’en ai pris l’habitude durant ces vacances d’été.

— Ah, Cosme. Merci d’être venu aussi vite ! Je ne sais pas trop quoi faire, m’avoue le père de ma meilleure amie. J’ai tenté de lui parler au réveil, mais elle n’a rien voulu me dire et elle est encore au lit…

Il s’agite nerveusement en lançant un coup d’œil à la porte entrebâillée comme s’il craignait que sa lle ne débarque.

— Ce n’est pas son genre, tu la connais.

J’acquiesce. Bonnie est comme moi, une lève-tôt. Même en vacances, elle aime pro ter de la fraîcheur des matins pour aller courir ou faire un peu de gym. En tant que cheerleader, elle doit prendre soin de son corps et s’entraîner régulièrement.

— Par contre, ne lui dis pas que c’est moi qui t’ai demandé de venir, s’empresse-t-il d’ajouter. Elle risquerait de se braquer.

Il soupire et ouvre un peu plus la porte. Tandis que je pénètre dans le hall d’entrée, il m’attrape le bras doucement.

— Tout s’est bien passé au Mexique pourtant, non ? me questionne-t-il. Elle avait l’air plutôt bien hier.

— Oui, on s’est même amusés, souf é-je en repensant aux soirées arrosées de Tijuana.

C’est vrai que Bonnie semblait un peu nostalgique en rentrant, mais j’imaginais que c’était la fatigue. Elle avait beaucoup ri durant le séjour, bu, dansé et elle s’était extasiée à chaque fois qu’on découvrait un nouvel endroit. Pas du tout le pro l de la nana mal dans sa peau et triste.

— Mais peut-être que ça a réveillé des trucs… Elle fait tout pour montrer qu’elle va bien. Sauf que ce doit être dif cile. Elle a enterré son petit ami.

— Oui… Une épreuve bien trop dure pour une lle de son âge, chuchote son père. Cela me désole. Ce jeune homme est parti bien trop tôt. Quel drame. Que le Seigneur ait son âme malgré tout.

— Je vais monter.

Il acquiesce et m’adresse un mince sourire.

— Je vous ramènerai quelques pancakes tout à l’heure, me dit-il avant de disparaître dans la cuisine.

Je grimpe les escaliers et me dirige au fond du couloir où se trouve la chambre de Bonnie. Je frappe et, lorsque j’entends sa voix uette me dire d’entrer, je pose la main sur la poignée et ouvre.

— Salut Bonn…

— Cosme ?

Elle repousse son drap précipitamment et se lève de son lit, dévoilant un pyjama Disney qui a bien vécu. C’est son out t préféré pour traîner à la maison.

— Qu’est-ce que tu fais là ? m’interroge-t-elle. On ne devait pas se voir ce matin ?

Je secoue la tête et m’approche pour l’étreindre.

— Non, mais j’étais dans le coin, prétexté-je. Je faisais une balade en vélo et je me suis dit que je ferais une pause chez vous. Les pancakes de ton père sont trop bons.

Elle esquisse un petit sourire, mais cela ne suf t pas à me convaincre qu’elle va bien. Son teint un peu pâle et ses traits tirés, puis surtout ses yeux rougis par des larmes trop récentes. Bonnie est triste. Son père n’exagérait pas quand il me racontait qu’elle avait pleuré une partie de la nuit.

— Pro teur ! Ceux de ta mère sont aussi délicieux ! réplique-t-elle.

— Sauf qu’elle n’était pas décidée à en faire… Je la supplie depuis ce matin… Du coup, autant mêler l’utile à l’agréable. Une pause gourmande avant de reprendre la balade.

Au moins, Bonnie ne semble se douter de rien. Elle pense vraiment que je suis là par hasard. Je n’aurais pas cru être aussi doué pour mentir.

Je me laisse choir sur son lit et elle m’imite en soupirant.

— Tu as une petite mine, commenté-je, l’air de rien. Tu n’as pas été courir ce matin ?

Elle secoue la tête.

— Je… Je n’avais pas le courage, souf e-t-elle. Je suis un peu fatiguée de notre séjour Mexique. On a pas mal fait la fête, mine de rien.

— C’est vrai, oui.

Pendant quelques minutes, le silence s’installe entre nous. Je me tourne vers elle et la contemple. Elle semble perdue dans ses pensées : allongée sur le dos, les yeux mi-clos, les mains posées sur son ventre.

— Je croyais que ça me ferait du bien, nit-elle par lâcher dans un murmure.

— Quoi ? demandé-je.

À son tour, elle me fait face. Je devine des larmes qui brillent au coin de ses prunelles. Je me rapproche et caresse sa joue avec douceur.

— Ce voyage, cette cérémonie… J’étais persuadée que j’avais besoin de ça pour aller de l’avant, mais… Mon cœur se serre. C’est pire en fait. J’ai du mal à respirer tout le temps. J’ai l’impression que je vais étouffer.

— Bonnie…, chuchoté-je, af igé devant son désarroi.

Elle ne cherche plus à retenir ses sanglots. Elle laisse échapper un gémissement et secoue la tête.

— Je me sens si triste, Cosme. Pourquoi c’est aussi dur ? Je… Je crois que je n’étais même plus amoureuse d’Arthur, mais… Ça me brûle là.

Elle porte ses doigts à sa poitrine. Je l’attire contre moi, désireux de lui apporter un peu de réconfort. Je caresse ses cheveux en lui intimant doucement de se calmer. Que je suis là. Qu’elle n’est pas seule.

Peu à peu, la tempête s’apaise. Ses sanglots retombent et j’essuie les quelques larmes qui coulent encore le long de ses joues.

— Cosme, tu crois que je m’en remettrai un jour ?

Je hausse les épaules, impuissant. Je voudrais lui dire que oui. Que ce n’est qu’une question de temps, mais au fond qui suis-je pour lui assurer qu’elle ira mieux ? La mort est une douleur atroce, surtout quand il s’agit de celle d’un jeune homme qui avait la vie entière devant lui.

— Tu dois tenir le coup, Bonn… Continuer d’être forte. C’est ce qu’aurait voulu Arthur. Peu importe l’état de votre relation. Il tenait à toi et tu étais attachée à lui.

Elle acquiesce faiblement.

— En fait, toute cette mascarade pour lui organiser une cérémonie digne de ce nom, c’était bidon. Je crois que j’avais juste besoin de m’accrocher à lui. Imaginer qu’il était encore un peu parmi nous.

— C’était le cas pour les autres, lâché-je. Ange, son jumeau, sans doute. Vous aimiez Arthur. Sa mort était si brutale. Comment accepter ça aussi rapidement ? Il vous faut du temps et ce voyage était le début de votre deuil.

— J’espère…

Un soupir lui échappe.

— Le pire, c’est ça… Ce suicide. Comment aurait-on pu prévoir un truc comme ça ? Surtout pour Arthur. Il… Il n’était pas le genre de mecs à se foutre en l’air, marmonne-t-elle. Comment ai-je pu louper ça ?

— Il n’y a pas de « type », Bonnie. Certaines personnes ont un tel mal-être en eux qu’il leur est impossible de lutter contre. Parfois, ils donnent le change. Arthur était particulièrement doué pour ça, je te l’accorde. Populaire, sportif, drôle, séducteur… Il avait tout pour lui. Mais… On ne connaît pas les gens au fond.

Je secoue la tête et serre ses doigts entre les miens.

— Ne dis pas ça, Bonn… Les autres, je ne peux pas dire. J’aurais tendance à penser qu’Ange est un connard égocentrique, Tyler, non. Tout ce que je sais, c’est que, toi, tu es la personne la plus attentionnée et la plus tendre qui soit, assuré-je. Il jouait mieux la comédie que certains, c’est tout. Puis… Peut-être que c’était récent. Qu’un truc est arrivé et qu’il n’a pas pu gérer.

— Mais pourquoi n’en a-t-il parlé à personne ? murmure-t-elle.

— Parfois, il est plus simple de rester avec nos démons que de les révéler aux personnes qui nous entourent. Surtout lorsqu’ils nous sont proches étrangement. C’est plus dur d’avouer ses failles aux gens qu’on aime et qui nous aiment qu’à des inconnus.

— Parce qu’on a peur d’être jugés et abandonnés par ceux à qui on tient, souf e Bonnie.

— Exactement.

Je m’apprête à dire qu’Arthur redoutait peut-être la réaction de son meilleur ami ou la sienne s’il avait un truc grave qui le perturbait, mais des coups frappés à la porte m’en empêchent.

Bonnie se redresse. Son père entre avec une assiette remplie de pancakes.

— Il me semble avoir entendu des estomacs impatients et affamés par ici ! plaisante-t-il.

Il essaie de se la jouer détendu, mais je devine qu’il est angoissé. D’ailleurs, il me sonde discrètement du regard et je lui lance un signe de la main pour le rassurer. Je gère la situation.

— Tu assures, papa ! s’exclame ma meilleure amie en esquissant un petit sourire. Tu as même pensé au sirop d’érable !

— Évidemment ! Quel père serais-je sinon ?

Il rit et je l’accompagne bien volontiers. Son arrivée tombe au bon moment. Cette discussion me dépasse malgré moi. J’ai l’impression de me retrouver confronté à un problème bien trop gros pour moi. Un truc que je ne devrais pas être en train de gérer et Bonnie non plus. Le suicide d’un ado, c’est beaucoup plus grave que nos traditionnels petits soucis de lycéens. Une mauvaise note, un contrôle surprise, une rupture, une dispute monumentale avec nos parents. Non, là, c’est autre chose. Je n’aurais jamais cru devoir affronter ça un jour. Et encore, je me retrouve mêlé à cette histoire parce qu’il s’agit d’Arthur, le mec de Bonnie, ou son ex. Je n’ose imaginer ce qu’elle doit éprouver. Et Tyler. Et Ange.

Pour la première fois, je ressens une bouffée de compassion pour le joueur des Rosters. Lui aussi doit être dans le même état que Bonnie. Il a perdu son meilleur ami après tout.

— Merci, monsieur, on va se régaler !

Il nous adresse un clin d’œil et quitte la pièce.

Bonnie se jette sur l’assiette et enfourne une bouchée de pancakes dégoulinante de sirop d’érable.

— Voilà exactement ce dont j’avais besoin !

— Moi aussi… Tu veux qu’on aille se balader un peu après ?

— Pourquoi pas ?

Elle me lance un sourire. Celui-ci semble sincère. Vider son sac lui a fait du bien. C’est ce qu’il lui fallait.

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