Getting up together

Marine Conan · Chapitre 48 sur 68

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Getting up together

Chapitre 47

 

V Ange endredi. Il fait déjà presque nuit. J’ai hâte que le printemps

revienne et avec lui des soirées plus douces.

Debout, immobile devant la grille du cimetière, j’ai du mal à croire que c’est le programme qui m’attend pour les prochaines heures… Normalement, en n de semaine, je suis plutôt du genre à m’éclater. Mais Tyler n’était disponible qu’à ce moment-là.

J’ai récupéré l’ordinateur de mon meilleur ami chez Cosme et, depuis, j’attends avec une patience parfois insurmontable pour fouiller dedans avec son jumeau.

— Ange ?

La voix feutrée de Tyler me parvient et je me retourne. Vêtu de noir, il se tient à quelques pas de moi, gauche et mal à l’aise.

— Salut, Ty ! Ça va ? lui demandé-je.

Il hausse les épaules et lance un coup d’œil hésitant à la grille entrouverte derrière moi.

— Je ne suis pas revenu sur sa tombe depuis… depuis qu’on l’a enterré, m’avoue-t-il. Je n’ai pas osé. Papa et maman y vont souvent, mais moi…

— Ah bon ?

Surpris, je le dévisage. De mon côté, à plusieurs reprises, je l’ai fait. J’avais besoin de lui parler. De faire le vide. Parfois, après une soirée où mon père avait encore déraillé, je m’y rendais incognito. C’est con, mais je me retrouvais à discuter, assis sur sa tombe. Comme s’il était encore là. Sauf que quand il était vivant, je ne lui racontais pas tout ça. Là, je me con ais à cœur ouvert. Après tout, il ne peut plus me juger maintenant.

Je me suis senti débile de faire ça. Après tout, si j’avais réussi à lui avouer toutes ces choses de son vivant, peut-être qu’il aurait eu davantage con ance en moi…

— Ouais… Je trouve ça glauque. Puis, ça ne rend sa mort que plus concrète. C’est con, il n’est plus là. Mais venir ici, c’est… En n, je ne peux pas, quoi.

Je m’approche de Tyler et enserre doucement son épaule. Il semble si fragile. C’est drôle. Plus que les autres, moi, Bonnie, ses parents, je le pensais remis de la disparition d’Arthur. Mais, au fond, il souffre tout autant. Peut-être même plus.

— Tu es sûr que tu veux qu’on fasse ça, là-bas ? l’interrogé-je en désignant la sacoche posée à terre. On peut aller chez moi ou chez toi ?

— Non… Maintenant qu’on est ici, allons-y.

— OK.

J’attrape l’ordinateur et me mets en route à travers les longues allées du cimetière. Il n’y a quasiment pas de lumière. Évidemment… Qui vient rendre visite aux morts aussi tard ?

Sans même regarder les tombes, je me dirige d’une traite vers celle de mon meilleur ami. Le chemin est gravé dans mon esprit. Si je ferme les yeux, je peux me souvenir de chaque seconde de son enterrement. Du moment où on a déposé son cercueil et qu’on l’a recouvert de terre.

Je frissonne. Tyler, derrière moi, fait de même. Je ne le sens pas serein.

— On peut faire demi-tour, insisté-je en me retournant vers lui.

Il est pâle comme la mort. Pourtant, il secoue la tête et continue d’avancer pour me doubler.

Nous parvenons quelques minutes plus tard à la tombe d’Arthur. Il y a des eurs. Une multitude de plantes et de bouquets, certains encore frais. Je sais que Bonnie vient souvent lui rendre visite. Sans compter ses nombreux amis, sa famille… Il était si aimé.

Mon cœur se serre en me rappelant son rire si communicatif.

Pourquoi, Arthur ? Pourquoi ?

Je m’installe sur la pierre et sors le PC de sa sacoche. Une fois allumé et déverrouillé, je le tends à Tyler.

— Tu veux le faire ? lui proposé-je. Tu es plus doué que moi.

Il acquiesce et s’empare de l’ordinateur. Assis à côté de moi, il se concentre en ouvrant une page internet grâce au partage de connexion de son téléphone.

— Putain, c’est long, grogne-t-il. Finalement, c’était peut-être une mauvaise idée, le cimetière. Un endroit avec WIFI, ça aurait été plus simple !

— Tu veux qu’on bouge ?

— Non, non… Ça vient. On va juste mettre un peu de temps.

Avec habileté, il regarde l’historique de son frère.

— Sites de cul, universités, résultats sportifs…, énumère-t-il. Rien de surprenant pour l’instant.

Il continue de parcourir la liste d’un œil attentif. Soudain, je le sens se crisper.

— Des sites médicaux, précise-t-il devant ma mine perplexe. Pourquoi irait-il mater ce genre de trucs ?

Une page af che des schémas du cœur humain et de son fonctionnement. Je n’y comprends rien. Pourtant, on a dû l’étudier en cours l’an dernier, je crois.

— Vous faisiez des devoirs là-dessus ? me questionne le jeune homme. Un exposé ?

— Non, même pas.

Il soupire et ouvre nalement la messagerie de son frère.

Heureusement, Arthur n’était pas un pro de la sécurité. Tous ses mots de passe sont enregistrés. Aucun souci pour accéder à sa messagerie. Presque trois cents mails non lus !

Tyler les examine avant de m’indiquer que la plupart proviennent de sites de fringues, de chaussures ou sont des newsletters qu’il recevait. Rien à signaler.

Pourtant, au bout de quelques minutes, il af che de nouveau une moue consternée.

— C’est étrange…

— Quoi ? demandé-je en me penchant vers Tyler.

— Il y a un mail de notre docteur… Qui date de quelques semaines avant sa mort. Attends, je vais regarder.

Curieux, nous observons le message charger. Il y a une pièce jointe, un compte-rendu médical.

— C’est quoi, ce truc ? s’énerve le jeune homme. Il ne m’a jamais parlé de ça.

Je tente de décrypter, mais je ne suis pas assez près. Tyler pousse le PC dans ma direction.

— Un rendez-vous chez un cardiologue… Mon docteur voulait le revoir de toute urgence suite à la réception des résultats de son confrère. Apparemment, ce n’était pas très bon…

— Comment ça ?

Tyler ouvre le compte-rendu et le lit à voix haute.

Des termes trop techniques, mais qui ne m’empêchent pas de deviner que mon meilleur ami souffrait d’une malformation. Rien de très grave en soi. C’était opérable. Mais cela nécessitait un arrêt complet du sport, du moins pas de manière intensive. S’il ne subissait pas cette intervention, il prenait le risque d’un AVC jeune. Un caillot pouvait à tout moment se glisser par le petit trou provoqué par cette malformation et monter au cerveau.

— Merde… Mais… Comment a-t-il pu me cacher un truc comme ça ? bredouille Tyler, incrédule. Ce n’est pas possible.

— Tes parents ne le savaient pas ?

Il secoue la tête.

— Je ne crois pas… Ils ne m’en ont jamais parlé.

— C’est bizarre, soupiré-je. Il était mineur.

— Ouais…

Il pose l’ordinateur sur la tombe et se laisse choir, le front appuyé sur ses genoux.

— Tyler… Tu vas bien ?

Il se tait. Pas un mot.

— Ty…

Je tente de le secouer, mais il se contente de me repousser.

— S’il te plaît, Tyler, relève-toi. Ça va aller.

Lorsqu’il se redresse, la lueur que je surprends dans ses yeux me fait peur. On dirait un fou. Ou un mec qui est prêt à perdre la tête.

— Non… Tu ne comprends pas, Ange. Ça n’ira plus jamais… Mon frère est mort. Je vivais avec lui et je n’ai rien vu. Rien du tout. Il était malade, il se droguait, il se tapait des nanas qui n’étaient pas la sienne et moi, j’imaginais qu’il était heureux. Qu’il était bien dans sa peau. Parfois, j’étais même…

Sa voix se brise et des sanglots naissent dans sa gorge.

— Quoi ? Parle-moi, Ty… Laisse-toi aller.

Ma main se pose sur son épaule. Il a besoin de vider son sac. Depuis le suicide d’Arthur, il garde tout pour lui. Il semble fort, mais, en fait, il a mal. Il est détruit. Quel con, je n’ai rien vu.

— J’étais jaloux d’Arthur, chuchote-t-il d’une voix peinée. Jaloux de lui parce que tout lui réussissait. Il avait une chouette copine, il allait décrocher une bourse pour jouer au basket-ball dans une grande université, il avait plein de potes… Et moi… Moi, j’étais quelconque. Banal. Pas de nana, le théâtre, mais je suis loin d’être assez doué pour envisager sans doute en vivre un jour… Je pensais qu’il avait tout, mais, dans le fond, sa vie était en train de s’effondrer. Il perdait Bonnie. Son cœur allait le pénaliser pour sa carrière de sportif professionnel. Il n’avait pas de bonnes notes.

Il laisse échapper plusieurs sanglots, incapable de se calmer.

Merde, je me sens impuissant. Je voudrais l’aider. Qu’il aille mieux. Mais comment ? Je tente de tapoter maladroitement son dos en lui intimant de se tranquilliser. Sauf que ça ne marche pas. C’est pire.

Il me repousse brusquement et se met à marteler sa tombe de ses poings.

— Putain, Tyler, arrête !

Mon cerveau ré échit à mille trucs à la seconde. Appeler ses parents ? Cosme ? Soudain, une illumination : Bonnie. Bien sûr, pourquoi n’ai-je pas pensé à elle ? Il l’apprécie, elle aussi. Sa présence, plus douce, pourra l’apaiser.

Je m’empare de mon téléphone et pianote sur l’écran.

[Bonnie, Tyler ne va pas bien du tout. On est au cimetière, sur la

tombe d’Arthur. STP, rejoins-nous. Besoin de toi.]

Je n’ai plus qu’à espérer qu’elle lise vite mon SOS et surtout qu’elle se hâte de venir !

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