Getting up together
Chapitre 31
Ange
— On se voit ce soir ? me susurre Emily d’une voix charmeuse.
— Ouais, je t’appelle tout à l’heure, lui dis-je en déposant un baiser sur ses lèvres pleines.
J’attrape mon sac de sport et me tire en direction de la rue tandis que la cheerleader que je fréquente depuis peu rejoint son groupe de copines à quelques mètres de là, dans le parking. Nouvelle élève dans notre lycée, il n’a pas fallu longtemps avant que je la séduise et fasse d’elle ma dernière conquête en date.
Presque vingt heures. L’entraînement est en n terminé ! Je suis crevé ! Je ne rêve que d’une chose : une douche bien chaude et mon lit. Pour un peu, j’ai presque envie de foutre un lapin à la jolie brune. Mais la perspective de sa bouche sur moi dans ma bagnole suf t à me redonner un peu de peps !
Je me mets en route vers chez moi en regrettant d’avoir accepté la proposition de Wesley de me déposer ce matin. Il a décidé de sécher les derniers cours de la journée, entraînement compris. Je me retrouve donc à devoir rentrer à pied ! Plus de deux kilomètres… Moi qui déteste marcher !
Mes écouteurs sur les oreilles, j’accélère le pas. La nuit est déjà tombée. Cette période est insupportable : on part de chez nous, il fait sombre et le soir, idem. Vivement le printemps !
Au bout d’une vingtaine de minutes, je me ge : il me semble entendre des cris. Je stoppe la musique sur mon portable pour écouter. Il y a bien quelqu’un en train de hurler à quelques mètres de là.
Un coup d’œil rapide m’apprend que ça vient de la petite ruelle sur ma gauche. Sans attendre, je m’y précipite.
— Putain, mais foutez-moi la paix ! Je n’ai rien d’autre que mon téléphone !
— Tu te prends pour qui merdeux ?
En m’approchant, j’ai la surprise de distinguer les traits de Cosme et sa silhouette ne. Il fait face à deux hommes baraqués vêtus de blousons de cuir. Le gang des bikers de Tucson sans doute. Ces mecs se croient tout permis !
— Hey ! les interpellé-je. Lâchez-le !
Ils se retournent brusquement et un sourire se dessine sur leur visage lorsqu’ils m’aperçoivent.
— Tiens, tiens… Un des connards de ton lycée. La vedette des Rosters, non ?
L’individu qui parle me rejoint en trois pas. Il me surplombe de quelques centimètres, mais je ne détourne pas le regard.
— Qu’est-ce que tu viens te mêler de nos affaires, petit con ? me souf e-t-il.
Haleine où le whisky et le tabac se mélangent. Barbe de plusieurs jours négligée, lèvres gercées et yeux vitreux. Ça ne me dit rien qui vaille. Je me demande si en plus de l’alcool, il n’a pas pris autre chose. Coke ou pire…
— Le mec que vous êtes en train de faire chier, grogné-je. Voilà pourquoi je me mêle de vos affaires !
— Oh… Arrête, c’est pas ton pote quand même ? ricane l’autre. Depuis quand les jolis cœurs comme toi traînent avec les losers ?
Je pousse l’homme qui me fait face et fais en sorte de me placer devant Cosme, protecteur.
— On lance une nouvelle mode ! répliqué-je. En tout cas, si tu t’en prends à lui, tu t’en prends à moi. Et tu sais que ça sent pas bon pour vous ? Entre mes potes basketteurs et les Chicanos 19, vous risqueriez de vous en mordre les doigts. Ça ferait cher payé pour un téléphone, passé de mode, en plus…
Je bluffe. Aucun des membres du gang mexicain de Tucson ne me connaît. Ça passe ou ça casse… Son visage se décompose au nom de la bande rivale de ces connards. Il semble hésiter quelques secondes puis nit par reculer.
— On devrait dégager, murmure-t-il à son acolyte après s’être tourné vers lui.
— Ouais, c’est ça ! Barrez-vous, les provoqué-je. Et ne vous en prenez plus à lui. Sinon, vous entendrez parler de moi !
— Te la joue pas trop, petit con.
Malgré ça, ils disparaissent sans rajouter un mot. Apparemment, ils n’ont pas envie de véri er si je connais ou pas les mecs des Chicanos 19 ! Tant mieux. Je me retourne et fais face à un Cosme tremblant, visage livide et trait tirés.
— Ça va ? lui demandé-je, avec inquiétude. Ils ne t’ont rien fait ?
Il secoue la tête.
— Non… Juste un peu bousculé. T’es arrivé à temps, murmure-t-il.
Il soupire et se frotte le bras. Après avoir relevé la manche de son sweat, j’aperçois un bleu en train de se former.
— Putain, les cons… Si j’avais pas été là…
— Merci, Ange.
— T’inquiète. Viens, on se casse. Je te ramène chez toi !
Il secoue la tête et glisse son téléphone dans sa poche.
— Non, ça va aller.
Il me contourne pour se remettre en route, mais je l’attrape par le poignet.
— Je te ramène, j’ai dit ! marmonné-je. On sait jamais !
— C’est bon, Ange ! Pas la peine de jouer au mec qui s’en fait pour moi.
Je lui bloque le passage. Plus grand que lui, je le toise, le regard sombre. Pour qui il se prend ce crétin ?
— Je viens de sauver ta face de con, Cosme ! Tu pourrais au moins être un minimum reconnaissant !
— Et alors ? s’énerve-t-il. Au lycée, tu m’en fous plein la gueule et dès qu’on se retrouve tous les deux, tu fais le mec sympa… Bordel, ça t’amuse ?
Je reste coi devant sa remarque. C’est donc ça, le problème ?
— On n’a jamais dit qu’on serait potes, rétorqué-je.
— Je ne te parle pas d’être amis ! Mais tu pourrais au moins arrêter de t’en prendre à moi avec ta bande de ploucs.
Je soupire. Il n’a pas tort. C’est vrai que, depuis le début de l’année, je ne l’ai pas ménagé. Encore moins en physique où on est en binôme. Je ne sais pas pourquoi j’agis comme ça avec lui. Depuis Tijuana, nous nous sommes pourtant rapprochés. J’ai appris à le connaître, à l’apprécier même. Sauf que je ne me vois pas traîner avec lui au lycée. Nous n’avons pas de fréquentations communes.
— Désolé. C’est vrai que j’ai pas été cool. C’est juste que…
— Ange, je ne te demande pas d’être sympa, de me dire bonjour et de déjeuner avec moi tous les midis, proteste le jeune homme. Fous-moi la paix.
Je baisse la tête quelques secondes avant d’affronter son regard clair.
— Ouais, je… T’as raison. Je vais arrêter de te faire chier. Mais… les mecs vont pas comprendre.
— T’es censé être le leader des Rosters, grogne-t-il. Depuis quand tu as besoin de leur permission ?
Je pouffe devant son visage sérieux.
— OK. De toute façon, ça ne m’amuse plus de me foutre de ta gueule ! avoué-je. Maintenant qu’on se connaît mieux, je te trouve même plutôt sympa.
Cosme éclate de rire et me pointe du doigt.
— Toi ? Tu me trouves sympa ?
— Bah ouais… Et je te rappelle que tu m’as quand même sauvé la vie, murmuré-je.
Il hoche la tête. Son regard se fait plus grave tout d’un coup.
— Je croyais que tu n’allais pas tirer, réplique-t-il.
— On ne sait jamais !
Je hausse les épaules.
— L’alcool peut parfois faire n’importe quoi aux gens… Je parle en connaissance de cause…
— Bon, tu me raccompagnes alors ? me demande-t-il.
Je le dévisage, surpris. Ah, il a changé d’avis ? J’acquiesce et lui tapote le dos.
— Tu ne trouves plus ma compagnie indésirable ? plaisanté-je.
— Tu viens d’avouer que je suis cool. Je peux donc accepter que tu fasses un bout de chemin avec moi !
Nous nous mettons en route en discutant de tout et de rien. Cosme est même plutôt drôle parfois. Puis étrangement, j’ai l’impression qu’il me connaît mieux que beaucoup de monde. Il a vu ma noirceur lorsqu’il m’a rejoint à la cabane. En plus de ça, c’est lui que j’ai appelé. Pas Wes ni Isma. Lui.
— C’est quoi, ton rapport avec l’alcool ? me questionne-t-il soudain. Tu as l’air de connaître par cœur ce que ça fait.
Je lui lance un regard surpris. Il ose m’interroger comme ça ?
— Euh… T’es en train de me demander si je suis alcoolique ?
— Bah, ouais, répond-il. Je trouve ça bizarre, qu’un sportif comme toi picole. Vous n’avez pas des tests ou des conneries comme ça ?
Je secoue la tête.
— Mec, bien sûr que non, je ne le suis pas, protesté-je. C’est…
Cosme m’observe.
— C’est ?
Je soupire et hausse les épaules.
— J’ai pas envie d’en parler, murmuré-je.
— Qu’est-ce que tu peux être mystérieux !
— Pas du tout, répliqué-je. C’est juste des trucs personnels. Pas le genre de choses dont je discute comme ça.
Cosme se contente de hocher la tête. Pendant quelques minutes, nous continuons de marcher sans un mot.
— C’est par rapport à ton cauchemar à Tijuana, non ? insiste le jeune homme.
Il a l’air décidé à vouloir parler de cette histoire. Il m’a questionné à plusieurs reprises durant l’été, tandis que je l’aidais à reprendre du poil de la bête. Bien entendu, je ne lui ai rien dit. À chaque fois, j’ai réussi à esquiver.
— Pourquoi t’es obsédé par ce putain de rêve ? Qu’est-ce que ça peut te faire ?
— Je fais juste la discussion, prétend Cosme.
— C’est mon père, OK ? lâché-je. Il picole. Beaucoup.
Le jeune homme se ge quelques secondes, le temps d’assimiler ces paroles.
— Oh… Excuse-moi. Je… Je ne pensais pas que…
— Arrête, le coupé-je. Tu devais bien te douter que ça me touchait de près !
— Ouais, mais…
— N’en parlons plus, tu veux bien ? chuchoté-je. C’est un sujet sensible.
— OK. Désolé d’avoir insisté. Je n’aurais pas dû !
— Ne t’inquiète pas. C’est juste que j’ai pas l’habitude d’en discuter. Personne n’est au courant…
Cosme me regarde avec perplexité. Il a l’air surpris.
— Mais en fait, tu n’as pas d’amis, commente-t-il.
Je lâche un rire amusé. Il ne fait pas dans la délicatesse ! Il a un franc-parler qui m’étonne à chaque fois. Mais au fond, il n’a pas tort. C’est vrai que je cache cette partie de moi aux autres. Même Arthur n’en savait rien. Il se doutait que les choses n’étaient pas roses à la maison, mais n’imaginait pas un seul instant que ça allait aussi mal que ça. Encore moins que mon père est un alcoolique doublé d’un violent ! Ça, c’était mon secret.
— En même temps, c’est pas un truc facile à dire, tu vois ?
— Ouais, mais Arthur était ton meilleur ami quand même ! réplique-t-il.
— Je sais. Sauf qu’on ne se con ait pas ces choses-là, avoué-je. Il avait ses cachotteries, moi, les miennes.
— Tu ne devrais pas garder ça pour toi.
Je hausse les épaules et désigne la rue dans laquelle nous venons de mettre les pieds.
— On est arrivé ! m’exclamé-je. Je peux te laisser là ? J’ai encore de la route avant de rentrer chez moi.
— Bien sûr. Merci de m’avoir raccompagné !
Il me sourit et s’apprête à tourner les talons avant de se stopper.
— Ange ? Si jamais tu as besoin de discuter. Peu importe de quoi. Tu peux compter sur moi, OK ?
Je le remercie d’un signe de tête tandis qu’il s’engage dans la ruelle. Sa maison n’est qu’à quelques pas. Je le regarde disparaître dans l’allée. Qui aurait cru que, Cosme et moi, on nirait par s’entendre ? Et surtout que je lui con erais mon secret le mieux gardé ?
Je ne sais pas pourquoi, mais je me sens à l’aise avec lui.
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