Getting up together
Chapitre 42
J Cosme e me glisse sous ma couette en posant mon téléphone à côté
de moi. La lumière de ma chambre est éteinte, mais j’ai allumé
la lampe de chevet. Il n’y a pas un bruit dans la maison. Il est plus de minuit. Mes parents, qui sont plutôt couche-tôt, dorment déjà depuis deux heures au moins. Moi, j’ai du mal à trouver le sommeil. Depuis mon retour de Vegas il y a plus de trois semaines, je suis perturbé. Tout ce que j’ai pu ressentir pour Ange ces derniers temps me trouble. Je suis complètement paumé ! Je n’ai même pas osé en parler à Bonnie. Que lui dire ? Comment réagirait-elle ? Bien que nous soyons meilleurs amis, elle est aussi mon ex. Nous sommes sortis ensemble. Elle se sentirait peut-être trahie. Alors, j’ai conservé tous mes doutes pour moi. Même si ça pèse sur mon cœur.
J’attrape le magazine que j’ai caché sous mon lit. Un magazine pour adultes. Des femmes dénudées sur toutes les pages. Des seins énormes, d’autres plus petits, des silhouettes nes ou pulpeuses, des brunes, des blondes, des blacks… Il y en a pour tous les goûts. Je prends mon temps, je regarde, je détaille, mais rien. Rien ne vient. Aucun frémissement, aucune chaleur dans mon bas-ventre, aucune sensation. Ces femmes me laissent indifférent. Je n’ai pas envie de les toucher, de les baiser. Ça ne m’attire pas. Merde… C’est vrai qu’à part Bonnie, je ne compte qu’une relation sérieuse. Ce n’est pas comme si j’étais un tombeur comme Ange. Je n’ai eu que deux expériences sexuelles… Et je n’en garde pas un souvenir mémorable. Est-ce parce que je n’aime pas les lles ? Que nalement je ne suis pas attiré par les courbes féminines ? Je ne sais pas…
Un soupir m’échappe. Je m’empare de mon téléphone et me rends dans la galerie. Plusieurs photos d’Ange et moi y gurent. Notre trip à Vegas. Lui et moi devant l’hôtel. Devant le Grand Canyon. Lui, avec une peluche M & M’s dans les bras, en train de faire le con avec une Marilyn Monroe. Et surtout, lui torse nu, une serviette autour de la taille, ses cheveux mouillés retombant le long de ses épaules et un sourire éclatant peint sur le visage. Tandis que j’observe ses traits marqués et son corps d’athlète, je me surprends une fois de plus à le trouver incroyablement séduisant.
Je me mords les lèvres en me rendant compte que cette simple photo suf t à affoler mon membre. Je le sens durcir. Bordel. Je suis excité. Ange m’excite. Je dois me faire une raison : ce mec me plaît. Je ne peux pas lutter contre ça. Ça me terri e. Comment ça a pu arriver ? Est-ce que c’est lui ou est-ce que je suis gay ? Ce mot m’effraie. Je n’aurais jamais pensé que je pouvais être attiré par les hommes. Parce que je ne me suis jamais posé de questions. Pour moi, un garçon était avec une lle et voilà. Alors, je suis sorti avec des lles. C’est aussi simple que ça. Mais Ange a bousculé toutes mes évidences. Sauf que je n’ai aucune chance avec lui. Il aime trop les femmes pour pouvoir me regarder un jour. Je suis son pote, c’est tout, rien de plus.
Je pianote sur l’écran de mon smartphone. Des photos de mecs presque nus apparaissent. Des bruns type latinos, comme Ange. Et je réagis de nouveau. Je continue de naviguer, d’autres hommes s’af chent. Ça me plaît. Je me sens presque honteux d’éprouver ça. C’est comme si je faisais quelque chose de mal, caché dans le noir, dissimulé dans l’intimité de ma chambre. Mais une noti cation me fait soudain sursauter. Ange !
[Cosmichou, tu dors ?]
[Non… Pas encore.]
[Tu fous quoi ?]
Je rougis à la simple idée qu’il sache que j’étais en train d’admirer ses photos. Qu’il puisse deviner que j’avais envie de me toucher en imaginant que c’était sa main au lieu de la mienne. Putain… Je ne dois pas penser à ça.
[Rien de spécial. Je galère sur mon téléphone. Et toi ?]
[Je me fais chier ! Je suis à une soirée chez Wesley. Et y a que des cons
à part deux ou trois potes. Tu veux pas venir ?]
Je souris malgré moi. Qu’il me propose ça, ça me fait plaisir. J’ai l’impression de faire partie de sa vie, maintenant. Nous sommes de plus en plus proches, lui et moi. C’est dingue de se dire qu’il y a un an, nous ne pouvions pas nous blairer ! Désormais, nous sommes inséparables.
[Je te rappelle que je n’ai pas le permis. Et j’ai la emme de sortir.
T’as qu’à rentrer chez toi.]
[Ou passer chez toi ? En n, on s’installe devant ta baraque ?]
Je ré échis un instant. Il est tard. C’est vrai que j’avais bien envie de rester au lit. Mais pour voir Ange, je suis prêt à me lever.
[OK ! Mais grouille-toi. Histoire que je ne m’endorme pas avant ;)]
[Je bouge dans cinq minutes !]
Je sors de mon lit en soupirant. Après avoir en lé un jean par-dessus mon boxer, je remets mon sweat et me glisse hors de ma chambre. Sans un bruit, je descends jusque dans l’entrée et mets mes baskets et une veste avant de me glisser dehors. Je n’ai plus qu’à l’attendre. Wesley habite à quelques rues d’ici donc il ne devrait pas tarder.
Je me pose sur le banc sous la terrasse et joue à un jeu sur mon smartphone. C’est le moteur de sa vieille Ford qui me fait relever la tête. Il arrive, ça y est. Il se gare et descend du véhicule avant de marcher dans ma direction.
— Coco…, chuchote-t-il une fois à ma hauteur. Putain, cette soirée de merde ! J’aurais dû rester chez moi, je te jure.
Il se laisse choir sur le banc et s’allume une clope.
— Les gens sont pas drôles, des fois.
— C’est peut-être parce que tu n’avais pas bu contrairement aux autres ?
Ange essaie de diminuer sa consommation. Alors, il réduit les fêtes ou, s’il y va, il se contente d’un verre ou deux. Après notre séjour à Vegas, je l’ai pris entre quatre yeux pour lui parler de son souci d’alcool. Il a mis un peu de temps à l’admettre, mais il a ni par me con rmer qu’il picolait trop et que ça allait lui pourrir la vie s’il continuait comme ça. Le basket, c’est sa passion ! S’il venait à ne plus pouvoir jouer à cause de ça, il ne se le pardonnerait pas. Donc, il essaie de faire des efforts. Pour l’instant, il a l’air de s’en sortir. Ça me rassure un peu pour être honnête. Entre l’histoire de la cabane où il s’est pointé un ingue sur la tempe et Vegas et sa perte de conscience, il me fait ipper. J’ai peur qu’il nisse par déraper un jour.
— Ouais, t’as raison… C’est vrai que tout le monde était bourré. Sauf moi, marmonne-t-il.
— Et je suis er de toi ! m’exclamé-je. Tu assures.
— Bof… Ça me manque. Si j’étais alcoolique ?
— Mais non ! Tu as un peu abusé ces derniers mois. Entre la mort d’Arthur, ton père, ça a été une année dif cile. Tu t’es réfugié dans la boisson, mais tu as pris conscience que ce n’était pas ce qui allait te permettre d’aller mieux.
— Et si je n’arrivais pas à arrêter ?
— Tu n’as pas besoin de tout stopper. Juste diminuer. Éviter de te retrouver bourré comme à Vegas, le conseillé-je.
Il hoche la tête et tire une latte sur sa cigarette.
— Le temps va me sembler long si je commence à me faire chier aux soirées. Qu’est-ce que je vais faire de ma vie ?
Je ne peux m’empêcher de rire devant sa moue af igée.
— Tu peux te mettre à bouquiner. À regarder des séries. Ou jouer à des jeux vidéo.
— En gros, je deviens un geek asocial comme toi, c’est ça ? se moque-t-il en me tapotant la cuisse.
— Je ne suis pas si asocial que ça ! protesté-je.
Il pouffe et hausse les épaules.
— Depuis qu’on est potes, tu t’es amélioré, je dirais. Mais bon, t’es toujours un peu sauvage quand même.
— Peut-être, mais au moins, je ne nis pas bourré tous les quatre matins !
Il me tire la langue et termine sa cigarette qu’il écrase contre le mur avant de glisser le mégot dans son paquet.
— Je crois que je vais surtout te forcer à sortir, ouais ! m’assure-t-il. Tu vas me surveiller, comme ça. Et tu seras le seul avec moi à ne pas être alcoolisé.
— Ange, il est hors de question que tu me traînes dans toutes tes soirées bidon, je te préviens ! grogné-je.
— T’es mon ami ou quoi ?
Je hausse les épaules en levant les yeux au ciel. Il en fait toujours trop. Comme d’habitude. C’est un mec exubérant. Le contraire de moi. Je me demande comment on peut être aussi proches alors que nous ne nous ressemblons pas du tout.
— Ouais, je suis ton ami, mais…
— Alors, tu viendras avec moi, c’est tout.
Il me décroche son sourire spécial auquel personne ne résiste et je ne peux m’empêcher de le lui rendre.
— On va faire un compromis : je t’accompagne à quelques soirées et, toi, de temps en temps, tu acceptes de jouer au geek asocial avec moi ! Ça te va ?
Il fait mine de ré échir quelques instants, mais nit par me tendre sa main.
— Marché conclu ! s’écrie-t-il.
Sa paume ef eure la mienne et un frisson me parcourt. C’est fou comme le simple contact de sa peau me fait comme sensation. Une douce chaleur se diffuse dans mon bas-ventre. J’ai presque envie de nouer mes doigts aux siens. Mais je ne peux pas. Alors, je déglutis et mets n à ce contact, gêné.
— Bon, tu veux qu’on aille faire une partie de FIFA ? T’as qu’à dormir ici, au pire, lui proposé-je.
Il hoche la tête avec un sourire et se lève d’un mouvement vif.
— Ouais, vas-y, j’ai la emme de rentrer en plus, ça tombe bien.
— Allez, viens.
Je l’imite et nous pénétrons doucement dans le hall d’entrée. Je suis content qu’il soit là. Et même si ce que j’éprouve me fait peur, je me rends compte que je suis bien incapable de me passer de sa présence près de moi.
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