Getting up together
Chapitre 51
J Tyler e relis le SMS de Bonnie. Ça doit faire au moins dix fois,
depuis que je l’ai reçu, il y a quelques jours. Comme si je n’y
croyais pas. Pourtant, je suis assis sur un banc, dans le petit parc dans lequel elle m’a donné rendez-vous. Je l’attends, mais je suis en avance.
Le cœur battant, je suis le cliché de l’adolescent qui se rend à son premier date avec des papillons dans le ventre. Seulement, ce n’est pas un rencard. Elle m’a juste dit qu’elle souhaitait me parler. Que veut-elle me dire ? Toute la semaine, j’ai patienté pour le savoir.
J’ai hésité un instant à refuser sa proposition. Après tout, la dernière fois que nous nous sommes vus, je n’étais pas au mieux de ma forme. J’ai fait une crise d’angoisse, j’ai pleuré… Bref, je me sens un peu ridicule à l’idée de me retrouver devant elle suite à ça.
Pourtant, elle a été exemplaire. D’une bienveillance et d’une patience à toute épreuve. Elle est même venue avec Ange et moi pour révéler à mes parents ce que nous avions découvert sur Arthur. Alors qu’elle aurait pu décider de nous laisser faire ça seuls. Mais non, elle tenait à être là, pour moi, car elle savait que j’en avais besoin.
D’ailleurs, cette soirée a été riche en émotions. Plus de huit mois après la mort de mon frère, nous avons en n eu une discussion à cœur ouvert avec mes parents. Un échange sincère dans lequel nous avons pu mettre à plat tous nos ressentiments et la douleur que nous éprouvons encore.
Ce sera dur, mais la vie continue. J’ai compris que nous ne ferons jamais notre deuil. Arthur ne pourra pas être effacé de nos mémoires. Mais un jour, la souffrance s’atténuera.
Au début, je leur en ai voulu de m’avoir dissimulé la vérité sur la maladie de mon jumeau. Comment ont-ils pu cacher une information aussi précieuse que ça ? Puis, j’ai admis qu’ils l’avaient fait pour me préserver. Rien d’autre. Tout comme j’ai souhaité protéger ma mère durant tous ces mois où je ne lui ai rien dit sur ce que j’avais trouvé dans le téléphone d’Arthur.
Désormais, il n’y a plus de secret entre nous. Je me sens mieux. Papa commence à rentrer de nouveau à des heures presque raisonnables du boulot. Ils ont même eu un geste de tendresse l’un envers l’autre. Je crois qu’on va s’en sortir. Du moins, nous allons tout faire pour !
— Tyler ?
La voix uette de Bonnie me parvient et je relève la tête. Elle est devant moi. Je ne l’ai pas entendue arriver, perdu dans mes pensées. Comme d’habitude, elle est jolie. Vêtue d’un trench jaune moutarde et d’un slim noir qui met sa silhouette en valeur, elle est tout sourire. Ses cheveux bruns dévalent le long de ses épaules en boucles soignées. Ça change de sa coiffure habituelle, mais ça lui va bien. Elle n’est pas maquillée, si ce n’est un soupçon de rose sur ses lèvres. Elle n’en a pas besoin de toute façon. Bonnie est belle naturellement. Nulle nécessité de rajouter des arti ces.
— Salut !
Je me lève et me tiens un instant immobile, ne sachant quelle attitude adopter. La serrer dans mes bras ? Déposer un baiser sur sa joue ? Ne rien faire ? Elle-même semble maladroite.
— Hello... J’espère que tu ne m’attends pas depuis trop longtemps, me dit-elle.
Finalement, c’est elle qui se hisse sur la pointe des pieds et me fait une bise chaleureuse. J’en pro te pour l’étreindre un peu et me réinstalle sur le banc. Elle m’imite et se tourne vers moi, un léger sourire étirant ses lèvres.
— Comment tu vas depuis la dernière fois ? Je m’inquiétais pour être honnête… Du coup, j’avais envie de t’avoir devant moi pour m’assurer que tu allais mieux.
Elle me jauge un instant avant de poser sa main sur mon avant-bras.
— Ça a l’air d’être le cas, non ? Je te trouve serein.
J’acquiesce et lui retourne son sourire.
— Oui, je me sens bien. Je crois que j’avais besoin de cette soirée… Le craquage au cimetière, la discussion avec mes parents… C’était intense, mais nécessaire.
— Oui, il le fallait, con rme-t-elle. Tu retenais trop de choses en toi. Ce n’est jamais bon. Là, tu as pu tout sortir. Et surtout le fait d’avoir pu tout leur dire, ça a dû t’enlever un poids des épaules.
— C’est clair. À eux aussi, en fait. Je les trouve bien plus détendus depuis. Je crois qu’ils se sentaient mal de garder secrète la maladie d’Arthur.
— Normal… Ce n’est pas évident de savoir quelle est la bonne chose à faire. Parfois, on a tendance à juger facilement nos parents. À les critiquer. Mais au fond, est-ce qu’on ferait mieux ? Ça doit être un travail dif cile que d’élever un gosse.
— Oh oui… Le plus dur au monde, j’imagine…
Un instant, le silence s’installe entre nous. Je n’éprouve pas le besoin de parler. Sa simple présence suf t à me faire me sentir bien. Elle m’avait manqué. Bien sûr, j’ai pensé à elle. Souvent. À plusieurs reprises, j’ai eu envie de lui écrire sans trop savoir quoi dire. Ni même ce qu’elle ressentait pour moi.
Sans doute rien de plus que de la tendresse et de l’amitié. Peut-être une légère pitié. Aucune idée. Pourtant, sa présence la dernière fois a suf à éveiller en moi un mince espoir qu’elle aussi éprouve quelque chose pour moi.
— Et au lycée, comment ça se passe ? me demande-t-elle d’une voix douce. Mieux ?
— Oui, je crois que tout le monde oublie. Les premières semaines, j’étais un peu l’attraction. Puis, untel sort avec untel, un prof se fait virer… La vie continue.
— Je vois ce que tu veux dire. Nous aussi, ça y est, c’est retombé. Pourtant, Arthur était un des mecs les plus populaires. Les gens le connaissaient, l’appréciaient… Mais, il n’est plus qu’un souvenir désormais. Plus personne ne nous regarde avec pitié ou chuchote sur notre passage.
Elle pouffe et hausse les épaules.
— Tant mieux. Je détestais ça, ajoute-t-elle.
— J’imagine que la vie continue. Bientôt, on ira mieux.
— Je l’espère. Tu sais, je crois qu’avoir découvert tout ça sur Arthur m’a aidée. Peut-être que je me sens moins coupable. Ou que j’ai juste compris pourquoi il avait fait ça. Du moins, en partie…
— Oui, souf é-je. J’aurais préféré qu’il nous dise ce qu’il avait sur le cœur. Être là pour lui. Mais je me torture moins qu’avant. J’essaie d’avancer.
— Tu as raison. C’est ce qu’on doit faire.
Sa tête se pose sur mon épaule et son parfum légèrement euri m’envahit. Ce simple contact provoque une accélération de mon rythme cardiaque. J’ai envie de passer mon bras et caresser sa nuque, mais je n’ose pas le faire.
— Tyler ?
— Oui ?
— Si je t’ai demandé de venir, ce n’est pas que pour savoir si tu allais bien, murmure la jeune femme.
Surpris, je me tourne vers elle. Ses yeux mi-clos semblent perdus dans le vague. Elle ne dit rien d’autre.
— Ah bon ? Pourquoi alors ? l’interrogé-je, la voix hachée par l’impatience.
— Je n’arrête pas de penser à toi, avoue-t-elle. À chaque fois que je me répète qu’il faut que je t’oublie, le souvenir de notre baiser me revient en pleine face. J’ai même parlé de toi à Cosme.
Surpris, j’arque les sourcils. Elle a osé ? Remarque, de mon côté, je me suis con é à Ange. Cosme est son meilleur ami. Logique qu’elle lui raconte tout. Même s’ils sont sortis ensemble l’an dernier si j’ai tout compris.
— Qu’est-ce qu’il a dit ? la questionné-je, curieux.
— L’amour est un sentiment étrange et incontrôlable. Que bien sûr, la situation n’était pas idéale, sans doute un peu bizarre, mais que si on tenait l’un à l’autre, c’était dommage de renoncer à ce sentiment…
Un sourire se dessine sur mon visage.
— Alors… Si je comprends bien… Tu ressens quelque chose pour moi ?
Elle se mord la lèvre et relève la tête. Nos regards se croisent pendant quelques secondes. Dans ses prunelles marron, je lis une émotion palpable.
— J’ai tenté de le nier, lâche-t-elle dans un souf e. Je ne voulais pas éprouver quoi que ce soit. Pas pour toi. Ni pour personne d’autre, d’ailleurs. J’avais trop mal. J’en voulais à Arthur de m’avoir trahie. Je ne souhaitais plus jamais souffrir comme ça. Puis, tu es arrivé dans ma vie et… Tu as tout bouleversé.
Elle marque une courte pause et soupire.
— Ta douceur, ta sensibilité, ton humour, ta gentillesse, ta façon de me regarder comme tu es en train de le faire maintenant… Je… J’ai vraiment lutté, Tyler, mais je dois arrêter de me mentir, de te mentir. Je tiens à toi, oui. Ce que j’éprouve, c’est beaucoup plus que de l’amitié. Je le sais déjà depuis un moment, mais je ne voulais pas l’admettre.
Ses paroles me touchent en plein cœur. J’avais tellement envie d’entendre ça. J’en crevais sans même oser l’espérer. Pourtant, nul doute que je peux la croire. Je le devine à la lueur qui pétille dans ses prunelles. Elle est sincère. Et cette déclaration lui coûte beaucoup. Me révéler tout ça n’est pas facile. Elle l’a fait. Pour moi.
— Je te devais la vérité, murmure-t-elle.
— Je suis content que tu l’aies fait, souf é-je. Je… Ça me fait du bien de savoir que tu ressens la même chose que moi.
Je lui souris et ajoute :
— Moi aussi, j’ai parlé de toi à Ange. Il m’a dit la même chose que Cosme… De penser à nous, pas aux autres, lui con é-je.
— Ah bon ? s’étonne-t-elle. Il n’était pas fâché ?
Je comprends sa question. Arthur était son meilleur ami après tout. C’est normal qu’elle craigne sa réaction.
— Non… À ton avis, pourquoi il m’a demandé de venir au bal de Noël ? Et qu’il t’a appelée, toi, quand j’étais au plus bas ?
Elle rit en haussant les épaules.
— Tout s’explique !
Pendant un instant, nous gardons le silence. Même nos amis nous recommandent d’être ensemble. Pourquoi continuons-nous de nous refuser le droit d’être heureux ?
— Les paroles de Cosme m’ont remuée, souf e la jeune femme. Je ne sais plus si on prend la bonne décision en restant loin l’un de l’autre.
— Moi non plus, pour être honnête. Et d’un autre côté, est-ce que j’oserais te ramener à la maison ?
Je me demande comment ma mère réagirait. Après, nous n’en sommes pas là bien entendu. Si jamais on se mettait ensemble, nous ne nous précipiterions pas. Que dirait Arthur s’il était encore là ?
— Je suis perdu, Bonnie, marmonné-je. Une partie de moi a envie d’être avec toi. Tu ne peux pas imaginer à quel point. J’en crève de pouvoir me balader main dans la main avec toi, d’assumer notre amour devant tout le monde sans craindre le regard des gens… Mais j’ai peur. Peur qu’Arthur soit toujours entre nous.
Elle opine et soupire.
— Pourquoi c’est si compliqué ? J’aimerais tellement qu’on oublie tout le reste et qu’on pense qu’à nous…
— Moi aussi, approuvé-je. Ça serait plus facile.
— Oui…
Elle a l’air si triste soudain. Je l’attire contre moi. Elle se blottit dans mes bras. Ce simple contact suf t à me rendre fou. À me donner envie de plus. Je veux être avec elle. Je suis amoureux de cette lle. Comment le nier ? Mais je n’arrive pas à oublier qu’elle est sortie avec Arthur. Mon frère jumeau. Mon double. En l’embrassant, je sens presque son regard sur nous. Il ne l’aurait sans doute pas bien vécu. Comment en aurait-il pu être autrement ? Après tout, à sa place, je n’aurais pas réussi à accepter de voir mon frère avec une lle que j’avais aimé. Ou peut-être que si ? Tout se mélange dans ma tête.
— Je suis désolé, Bonnie, lui chuchoté-je en caressant sa chevelure brune. J’aimerais te rendre heureuse.
— Ce n’est pas de ta faute. La vie est mal faite, c’est tout. Si je t’avais rencontré avant, ça aurait été différent. Il n’y aurait pas eu l’ombre d’Arthur entre nous. Je ne regrette pas ce que j’ai vécu avec lui, hein ?
Elle tremble entre mes bras. Je devine ses sanglots qu’elle tente de contenir sans succès.
— Mais je suis amoureuse de toi, Ty… Et ça me bouffe de devoir renoncer à toi.
— Moi aussi. Mais c’est la seule solution. Du moins pour l’instant, nuancé-je. Peut-être qu’on a besoin de temps. Qui sait ? Dans quelques mois, nous nous sentirons prêts à franchir le pas. Ou…
— Tu m’auras oubliée et tu couleras des jours heureux avec une autre lle, me coupe-t-elle.
— Je ne crois pas que j’en serais capable… Je pense à toi sans cesse. Même si je le voulais, tout me ramène à toi, toujours.
Elle s’écarte de moi et me caresse la joue avec douceur. Elle a cessé de pleurer. Son regard est pourtant mélancolique.
— S’il faut t’attendre, je le ferai, me dit-elle tendrement. Je crois que je suis prête à franchir le pas, moi. Cosme n’a pas tort. J’ai envie d’être heureuse. On le mérite, toi et moi. Prenons le temps qu’il faut, c’est tout.
Je la dévisage. Cette lle est merveilleuse. Elle a raison, ses mots me font écho. Après tout, le bonheur est si rare. Depuis la mort d’Arthur, j’ai eu du mal à me sentir bien. Sauf en présence de Bonnie. Avec elle, tout est plus simple. Mon cœur s’apaise. Merde… Pourquoi a-t-il fallu que je tombe amoureux d’elle ?
— Merci, Bonnie… Mais promets-moi que tu ne te priveras pas d’une relation pour moi, réclamé-je.
— Je n’ai pas envie d’une histoire, Tyler, proteste-t-elle. C’est de toi dont j’ai besoin.
Je lui souris et acquiesce. Au moins, elle est sincère dans ses sentiments. Je ne peux pas en douter. Elle ressent la même chose que moi.
— Je vais y aller maintenant, ajoute-t-elle. Je vais tenter de rester à l’écart. Le temps qu’on ré échisse à tout ça et qu’on sache où on va, toi et moi.
— À vrai dire, si tu m’écris de temps en temps, je ne serais pas fâché… Au contraire.
— D’accord, je le note.
Elle se lève et dépose un rapide baiser sur ma joue avant de tourner les talons. Je l’observe quitter le petit parc qui a abrité notre tête-à-tête. Elle est si belle, sa démarche droite et assurée, sa chevelure qui rebondit au rythme de ses pas. Si je m’écoutais, je courrais à sa suite et la retiendrais. Je l’embrasserais et lui dirais que je veux être avec elle. Que je suis prêt à prendre tous les risques pour qu’on soit heureux. Mais je ne fais rien. Je me contente de soupirer et d’attendre quelques minutes avant de me lever à mon tour. À quoi bon me lancer dans cette histoire alors que je ne sais pas où j’en suis et si je suis capable d’assumer mes sentiments pour elle ?
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