Getting up together
Chapitre 2
J Cosme e me plante devant mon miroir et esquisse une moue. J’ai
maigri. Ma silhouette déjà ne me paraît presque ridicule.
Encore plus dans cette chemise noire que mon père m’a achetée pour mon anniversaire. J’en le un jean slim déchiré aux genoux avec une paire de Converse. Ma main passe dans mes cheveux pour y mettre un peu d’ordre. Il est temps que j’aille chez le coiffeur !
Une fois ma veste en jean sur le dos, j’attrape mon téléphone et le fourre dans la poche. L’après-midi qui m’attend risque d’être éprouvant ! J’ai presque envie d’appeler Bonnie et de lui dire que je suis cloué au lit avec de la èvre. Mais la connaissant, elle serait capable de débarquer ici avec une soupe maison et de laisser tomber le reste pour me veiller. Sauf que cet après-midi est important pour elle.
On a rendez-vous avec Tyler, ce crétin d’Ange et quelques-uns de ses potes pour organiser une cérémonie bis à la mémoire d’Arthur. Quand je pense que je ne pouvais pas blairer ce type et voilà que je me retrouve obligé de participer à ça… Un soupir m’échappe. Je ne le fais que pour Bonnie. C’est ma meilleure amie après tout. Elle a besoin de faire son deuil. Arthur était son mec. Peut-être qu’ils auraient ni par se séparer un jour, mais en attendant, ils étaient heureux ensemble. Elle rayonnait près de lui. C’était un con, mais au moins il l’aimait vraiment. Du moins, c’est l’impression qu’il donnait.
Moi aussi, je suis sorti avec Bonnie, mais ça n’a pas duré. Je croyais être amoureux d’elle, mais au bout de quelques mois, je me suis rendu compte que ce n’était pas le cas. Je ne recherchais pas ses bras ni même ses baisers. J’aimais sa compagnie, c’est tout. Alors, on a
ni par rompre. Elle a mis un peu de temps avant de digérer la
nouvelle, mais depuis nous sommes amis et ça nous ressemble beaucoup plus !
Elle se moque souvent de mon célibat et de mon incapacité à draguer des lles. J’essaie parfois, mais au fond je le fais plus pour m’intégrer qu’autre chose. Je ne ressens pas le besoin d’avoir une nana comme certains mecs. Il n’y a qu’à regarder Ange pour savoir que, lui, c’est tout le contraire. Il enchaîne les conquêtes sans se préoccuper de briser des cœurs au passage. Les lles dé lent dans ses bras sans qu’il ne daigne les rappeler par la suite. Un vrai connard ni à la pisse ! J’en ai surpris plusieurs en train de sangloter par sa faute !
Au début, je craignais que son meilleur pote, Arthur, soit du même genre. Mais non. Avec Bonnie, il s’est calmé. Dire que maintenant il est… mort. Ce simple mot me bouleverse. Arthur a mis n à ses jours. Sans laisser de trace. Pas une lettre, pas un semblant d’explication. Comment l’un des joueurs vedettes des Roster, l’équipe de basket-ball du lycée, a-t-il pu vouloir en nir avec la vie ? Il avait tout : un charme incroyable, une intelligence plutôt surprenante, des amis, une famille et une petite amie en or. Alors, pourquoi ?
Cette question est sur toutes les lèvres, mais personne n’ose la poser. Qui pourrait avoir une réponse à donner de toute façon ? Ça m’étonnerait que son connard de pote soit le genre de mecs à qui se con er ! Mon téléphone émet un petit bip.
[Je suis devant ! En voiture, Coco.]
Comme souvent, ma meilleure amie vient me chercher. Elle a le permis contrairement à moi qui ai peur de me retrouver derrière un volant ! Je fourre mon smartphone dans ma poche et quitte la maison dans laquelle je vis avec mes parents. Ma mère m’adresse un signe de la main, trop occupée à préparer le dîner de ce soir pour m’accompagner à la porte comme elle a l’habitude de le faire.
— Salut Bonn ! m’exclamé-je en arrivant devant sa voiture, une Ford F Série que son père lui a achetée pour trois fois rien.
Je grimpe et l’étreins dans mes bras. Même si elle me sourit, je devine qu’elle a encore dû passer une partie de la nuit à pleurer. Ses traits sont tirés et ses yeux gon és. Elle les cache d’ailleurs derrière une immense paire de lunettes de soleil noires, assortie à la robe qu’elle porte. Depuis la mort de son mec, je la vois habillée que de cette couleur.
— Ça va ? lui demandé-je.
Elle hausse les épaules et démarre avant de lancer l’album de Queen, notre groupe préféré. OK. Elle ne veut pas parler… C’est sa façon à elle de se réfugier dans sa bulle. Je la connais par cœur. Alors, jusqu’au fast-food Jack in the Box situé dans le quartier de Littletown, nous ne disons pas un mot. Ça ne me dérange pas. Nous n’avons pas besoin de bavarder sans cesse pour nous comprendre avec Bonnie. Notre amitié est pourtant récente : seulement deux ans. C’est dingue. Je n’aurais jamais cru pouvoir développer une complicité aussi forte en arrivant à Tucson. Je n’ai jamais été très doué pour entretenir de telles relations. D’ailleurs, je n’ai presque plus de nouvelles des gens qui faisaient partie de mon quotidien avant mon emménagement ici !
Bonnie se gare et nous pénétrons dans le restaurant qui fait of ce de QG. Ce n’est pas cher, ouvert vingt-quatre sur vingt-quatre et en plus, c’est plutôt bon. Si on aime les burgers pleins de gras et les milk shakes trop sucrés ! J’aperçois Tyler, le jumeau d’Arthur, installé tout seul à une table. Il a l’air perdu dans ses pensées. Ou pas à sa place ici. Il n’est pas dans notre lycée. Je crois qu’il étudie dans une école de théâtre pour pouvoir devenir acteur plus tard. Un truc comme ça.
Je ne me suis jamais intéressé à la vie d’Arthur. Je ne l’aimais pas plus que ça après tout… Nous nous approchons de lui et Bonnie s’installe après l’avoir salué rapidement. Elle non plus ne le connaît pas si bien. Elle et Arthur étaient ensemble depuis un peu plus de sept mois, mais en général ils se voyaient davantage chez elle que chez lui. Elle n’a dû faire qu’un ou deux déjeuners là-bas.
— Vous allez bien ? nous demande Tyler.
Sans doute plus par politesse qu’autre chose vu qu’il a à peine posé le regard sur nous. Je m’installe face à lui et Bonnie à ses côtés.
— Ça va, ouais, et toi ?
Autant éviter à ma meilleure amie de répondre encore une fois à cette question.
— Hum.
OK… Il a l’air aussi bavard que Bonnie. Ça promet ! J’en viens presque à attendre avec impatience l’arrivée des sportifs. Pourtant, je ne les aime pas du tout. Mais au moins, ils mettront un peu d’ambiance.
— Je vais nous prendre un truc ? lui proposé-je.
— Comme d’habitude, s’il te plaît !
Je vais nous chercher deux menus Buttery Jack avec des milk shakes au chocolat. Lorsque je reviens, Ange et un autre abruti de l’équipe des Roster, Wesley, je crois, sont déjà installés avec Tyler et Bonnie.
— Cosme Salinger ! s’exclame le métis lorsque je m’assois à côté d’Ange, la seule place encore disponible. Toi, ici ? Depuis quand tu étais pote avec Arthur ?
Il m’adresse un rictus ironique. Lui non plus ne peut pas me blairer. Il ne rate jamais une occasion de se foutre de ma gueule quand il me croise dans les couloirs.
— Ferme-la, Wes ! Coco est là pour moi ! intervient Bonnie pour m’empêcher de monter au créneau.
Elle sait que je m’énerve facilement. Surtout en leur présence.
— T’aurais pu nous prendre des burgers aussi, Coco…, se moque Ange.
Je fronce les sourcils et pose mon regard clair sur le jeune homme. Ses cheveux bruns, un peu trop longs, sont décoiffés comme toujours. Ses yeux sombres croisent les miens. Une lueur amusée y brille. Il se fout de moi évidemment… Une habitude chez lui. Peau hâlée due à ses origines mexicaines, un léger accent qu’il tient de je ne sais où, grand, silhouette athlétique et toujours fringué à la dernière mode, Ange ne passe pas inaperçu. Il n’y a qu’à regarder les deux blondes à la caisse qui se retournent sur lui, en espérant qu’il daigne leur accorder un peu d’attention.
— Je ne vais pas commencer à nourrir les Roster…, me contenté-je de décréter d’une voix neutre avant de m’emparer de mon burger.
Je croque dedans et croise de nouveau ses prunelles marron.
— C’est délicieux !
— Wes, tu vas nous prendre un truc ?
Le métis s’exécute et revient avec un plateau bien rempli. Contrairement à nous, ils bouffent. Il faut dire qu’ils ont des muscles à entretenir…
— Il n’y a que vous deux ? questionne Bonnie.
— Ouais… Les autres étaient pas dispos, marmonne Ange en haussant les épaules.
— Elle est belle, votre amitié, ne puis-je m’empêcher de répliquer.
Le mexicain plisse les yeux, mécontent. Il s’apprête à me répondre, mais Tyler lève la main en signe d’apaisement.
— On n’est pas là pour se battre ! s’exclame-t-il. On ne se ressemble pas, c’est clair. Je ne suis pas ravi d’être ici non plus. Mais si on le fait, c’est pour Arthur !
— Il a raison !
Bonnie me foudroie du regard et je baisse la tête. Elle n’a pas tort. J’ai beau détester ces mecs, je lui ai promis d’être là. Pour elle, pas pour Arthur. Je ne vais pas me laisser pourrir par ces crétins, mais je dois prendre sur moi.
— OK, Tyler n’a pas tort, souf é-je. On s’y met alors ? Bonn, tu avais des idées déjà ?
Ma meilleure amie esquisse un mince sourire. C’est le premier que je vois depuis longtemps. Rien que pour ça, je vais faire en sorte que cette cérémonie bis soit un succès !
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