Getting up together

Marine Conan · Chapitre 40 sur 68

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Getting up together

Chapitre 39

 

Ange

J’ouvre les yeux. La pénombre règne dans la chambre d’hôtel. Une douleur violente aux tempes me fait grimacer. Merde. Le goût âpre de l’alcool que j’ai en bouche me laisse deviner que j’ai encore trop bu hier. Ça devient une habitude en ce moment. Je fais n’importe quoi. Je roule sur le côté et esquisse une moue surprise en tombant sur le visage endormi de Cosme. Qu’est-ce qu’il fait là ? Sur le même matelas que moi ?

Un rapide coup d’œil lancé autour de moi m’apprend que je suis effectivement dans son lit. Je ne me rappelle plus grand-chose de la soirée d’hier. Je revois Melissa et son corps de rêve se dandiner contre moi, sa jolie petite robe rouge un peu trop courte qui mettait en valeur son teint caramel, les verres qui dé laient. Et puis, le trou noir. Que s’est-il passé ensuite ?

J’attrape l’épaule du jeune homme et le secoue sans ménagement.

— Cosme ! Cosme, réveille-toi !

La peau laiteuse de son torse brille presque dans l’obscurité de la chambre. Sa bouche s’entrouvre légèrement et un grognement lui échappe. Il n’a pas l’air de vouloir bouger.

— Allez…

Une nouvelle fois, je tapote son épaule et, cette fois, j’obtiens un soupir agacé.

— Ange, je dors, râle-t-il. Fous-moi la paix. Il est à peine huit heures, je suis sûr. Le jour n’est pas encore levé !

— Qu’est-ce qu’il s’est passé hier soir ? lui demandé-je sans tenir compte de ses plaintes. Pourquoi on est dans le même lit ? On est presque à poil !

Se pourrait-il qu’il se soit passé un truc entre nous ? Non. Impossible. Les mecs, ça n’a jamais été mon genre. Je ne suis pas attiré par les torses et les bites. Clairement pas. J’aime beaucoup trop les seins et les courbes féminines pour ça !

Cosme se redresse et m’adresse une œillade curieuse.

— Tu ne te souviens de rien ? De rien du tout ?

Je secoue la tête et fronce les sourcils. Qu’est-ce qu’on a fait ?

— Non. Juste qu’on était en boîte avec les meufs de la dernière fois. Après, plus rien.

— Tu as pété un câble, m’apprend-il. Par rapport à Arthur. Tu avais trop bu et tu m’as pris pour lui. Quand je t’ai dit qu’il était mort, c’est comme si tu n’étais plus toi-même. J’ai ippé.

Son regard exprime son inquiétude. Je me décompose à l’idée d’avoir sans doute agi de manière étrange dans la boîte. Moi qui espérais commencer l’année dans les bras de la jolie métisse qui m’accompagnait, j’ai déraillé et voilà que je me réveille aux côtés de Cosme.

— Je… J’ai dit quelque chose ?

Mon ami hoche la tête, un peu gêné.

— Vas-y, au point où j’en suis, balance…, grogné-je.

— Tu m’as con é que, le soir de la mort d’Arthur, il t’avait appelé, mais que tu n’avais pas répondu. Ton père était en train de s’en prendre à ta mère et tu avais d’autres trucs à gérer que ses états d’âme, me raconte Cosme d’une voix douce.

— Ah… J’ai dit ça…

Je m’étais promis de ne jamais en parler. J’avais trop honte. Je me sentais mal d’avoir négligé mon meilleur ami. Bien sûr, c’était une soirée compliquée. Mon père avait encore vrillé et il menaçait de tuer ma mère. Alors, évidemment, ma place était auprès de ma famille. Je me suis fait cogner, mais j’ai réussi à dégager mon père de la maison. Après tout ça, j’ai complètement oublié de rappeler Arthur. Le lendemain, il était mort. Depuis, ça me tord l’estomac d’imaginer qu’un simple SMS de ma part aurait peut-être pu empêcher tout ça.

— Merde… J’ai plombé la soirée. Désolé.

— Mais non, t’inquiète… De toute façon, je me faisais un peu chier, me con e-t-il avec un sourire amusé. J’étais content de fausser compagnie aux lles. Ce sont de vrais pots de colle. J’ai beau dire à Clea que je n’ai pas envie d’avoir une histoire en ce moment, elle me harcèle de messages !

Il lève les yeux au ciel, agacé. Je me demande comment il fait pour rester célibataire comme ça. Pas de nana, même pas de plan cul histoire de passer le temps. Rien. Ce mec pourrait rentrer dans les ordres et devenir prêtre !

— Elle te veut. Tu devrais te laisser tenter, elle est mignonne, rétorqué-je.

— Pas mon genre !

— Tu es encore amoureux de Bonnie ? C’est pour ça que tu ne sors avec aucune autre lle ?

Il se tourne vers moi et m’adresse une œillade intriguée.

— Quoi ? Bonnie ? Mais non ! s’écrie-t-il. Ça fait longtemps que c’est ni entre nous. Je n’ai plus de sentiments pour elle.

— Mais alors, pourquoi tu ne t’amuses pas un peu ? insisté-je. Clea serait parfaite pour ça ! Elle est jolie comme un cœur et à fond sur toi. Il nous reste encore une nuit à Vegas ! Pro tes-en. En tout cas, moi, ce soir je m’envoie en l’air avec Melissa !

— Tu fais ce que tu veux, mais, moi, je pense que je vais plutôt me mater quelques matchs de baseball, ici.

— T’es pas drôle, mon petit Cosme !

J’attrape sa joue entre mes doigts et il soupire en tentant de se dégager.

— Allez, fais-moi un sourire ! Je vais mieux, regarde !

— Bof, souf e-t-il. Ange, hier, t’étais dans un sale état. Tu as beau faire le mec qui va bien, je ne suis pas certain que ça soit la vérité.

Je grimace. Qu’est-ce qu’il peut être lourd, parfois ! Je me demande pourquoi je me suis con é à lui. Ce petit crétin sait tout de ma vie maintenant. Le pire. Le côté obscur. Tout ce que je n’ai jamais avoué à personne. La violence de mon père, ses coups, ses mots, la peur de ma mère et de ma sœur et tout ce que je fais au quotidien pour les protéger. L’alcool aussi. Le fait que je boive de plus en plus depuis la mort d’Arthur. Que j’ai du mal à me maîtriser. La crainte de devenir comme mon père, un homme détestable.

Cosme sait tout de moi. Et du coup, il a toujours ce regard empreint d’inquiétude lorsqu’il me dévisage comme il le fait en ce moment.

— Pour l’instant, ça va. Peut-être que demain ça ne sera pas le cas, mais j’ai envie de pro ter d’aujourd’hui, OK ? On est à Vegas, Cosme. Amusons-nous un peu. Vivons ! Pour Arthur !

Il esquisse en n un sourire et hoche la tête.

— Ça me va ! Parenthèse Vegas ! Par contre, au retour, toi et moi, on va avoir une discussion sérieuse !

— Oui, oui. Mais là, on s’éclate ! Je veux aller au Grand Canyon ! décrété-je. Ça te branche ?

— Carrément ! De toute façon, on a fait le tour du Strip ! Autant bouger un peu.

Il a l’air enthousiaste. Tant mieux ! Je sais qu’il n’était pas à fond pour ce trip à Vegas. Il l’a fait pour moi. Tout comme les soirées avec les nanas. Cosme est un mec casanier. Les sorties en boîte le saoulent plus qu’autre chose. Mais il s’est forcé pour me faire plaisir. C’est fou comme son amitié me touche. Qui aurait cru que lui et moi aurions pu devenir aussi proches ? Je n’aurais jamais parié là-dessus il y a quelques mois. Pourtant, depuis notre séjour à Tijuana, tout a changé. J’ai du mal à imaginer ma vie sans lui maintenant.

— Prem’s à la douche ! m’exclamé-je.

Je sors du lit et me dirige dans la salle de bains d’un pas prudent. De m’être levé si vite, j’ai la tête qui tourne. Encore un effet de ma gueule de bois !

Une fois lavé et habillé, je laisse la place à Cosme. Après une bonne vingtaine de minutes, lui aussi est prêt.

— J’ai regardé : on peut prendre un bus qui part à quelques rues d’ici. Sinon on loue une voiture.

— Tu te sens capable de conduire ? me demande-t-il.

— Ouais, t’inquiète ! Je vais m’avaler deux cafés et ça va le faire.

— OK ! Allons-y alors !

***

— C’est magni que, hein ?

Plantés devant les immenses montagnes orangées, nous sommes admiratifs de la vue qui s’offre à nous. C’est sublime. Ces couleurs chaudes, ce désert qui s’étale face à nous, cette nature presque sauvage… J’ai presque l’impression que nous ne sommes plus aux USA, mais au Mexique ou dans un endroit exotique, loin de tout.

— Ouais… J’adore ! souf e Cosme. On se sent tellement petits.

— C’est clair ! Viens, on prend un sel e !

Je sors mon téléphone et j’attrape Cosme par l’épaule pour qu’il pose avec moi. J’immortalise notre duo devant le Grand Canyon. Si c’est pas la grande classe, ça !

— Au fait… Bonne année Coco ! m’écrié-je.

Il rit et hoche la tête.

— C’est vrai qu’on n’a pas eu l’occasion de se le dire. Bonne année, Ange ! Qu’elle nous apporte plus de joie et de douceur !

Il m’étreint contre lui un instant et un sourire se dessine sur mon visage. Je me sens si proche de lui à ce moment précis. Notre amitié est la plus belle chose qui me soit arrivée cette année. C’est ce que j’ai de plus précieux désormais.

Je n’ai pas besoin de le lui dire. Lorsque je croise son regard ému, je comprends qu’il ressent la même chose que moi.

— Merci de m’avoir accompagné à Vegas, murmuré-je. Même si j’ai un peu vrillé hier soir, c’était sans doute la première fois que je passais un aussi bon moment. En n, être avec toi, tu vois… J’ai pas besoin de me forcer. C’est cool, ça. Ça fait du bien de pas toujours devoir être le mec heureux que tout le monde admire.

— Tu peux être qui tu veux avec moi, Ange. Je te l’ai déjà dit, me rappelle-t-il avec douceur.

— C’est ce que j’apprécie avec toi.

Il me sourit et me désigne au loin une boutique.

— Allez, viens, je vais t’offrir un milk shake pour fêter cette nouvelle année !

— Avec plaisir ! accepté-je. Double dose de chantilly pour moi.

Avec enthousiasme, nous nous dirigeons vers la petite bicoque. Je compte bien pro ter de ces derniers instants dans le Nevada. Encore une journée et une nuit. Ensuite, retour à la maison !

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